Trémeau Bernard - mercredi 10 mai 2006
L’année 2005 a été excellente pour les 40 entreprises françaises cotées en bourse dans le CAC 40. Elles ont pratiquement toutes fait d’excellents bénéfices.
Une entreprise qui fait des bénéfices est une entreprise normale. Elle montre avant tout que ses clients sont satisfaits. Ils achètent les produits ou services au prix que propose l’entreprise. Prix qui permet à l’entreprise de faire des bénéfices, malgré la concurrence. Les actionnaires sont satisfaits. Les capitaux qu’ils ont investis dans l’entreprise leur rapportent de l’argent et le prix des actions a tendance à augmenter. Ils sont prêts à fournir d’autres capitaux si l’entreprise en a besoin pour investir. Les PDG sont satisfaits. Leur gestion de l’entreprise est bonne. Ils ont toutes leurs chances d’être reconduits dans leur travail par les actionnaires, propriétaires de l’entreprise, et ils disposeront de revenus encore plus importants. Le PDG qui fait gagner des milliards d’euros à une entreprise n’a, en effet, pas de prix. Il risque d’atteindre les revenus de Zidane.
Les salariés sont majoritairement satisfaits. Une entreprise qui marche bien a d’abord plutôt tendance à embaucher qu’à licencier. Si elle marche bien c’est que son PDG a su investir et innover au bon moment et dans le bon secteur. Elle a nécessairement fait des investissements de productivité. Et seuls les investissements de productivité permettent d’augmenter véritablement les salaires. Enfin, si elle marche bien, c’est aussi du fait que les salariés ont été motivés et adhèrent aux objectifs donnés à l’entreprise par la direction.
Le gouvernement français est très satisfait. Si les entreprises françaises font de tels bénéfices, c’est que le gouvernement français gère très bien l’économie du pays. Cocorico.
Malheureusement dans une France marxisée, et pour beaucoup de Français, l’entreprise qui fait des bénéfices est une vilaine entreprise. Car si elle fait des bénéfices, c’est qu’elle exploite ses salariés. Marx l’a parfaitement démontré. Les bénéfices ne doivent donc pas aller dans la poche des actionnaires. Ils doivent aller dans la poche des salariés ou être confisqués par l’État. Les syndicats s’appuient sur les bénéfices réalisés par les entreprises du CAC 40 pour demander, pour exiger des augmentations de salaires. La nouvelle CGT refuse la négociation qui aboutirait à un compromis, qui risquerait d’être une compromission. Elle préfère la lutte, la lutte des classes…
En route vers l’exil
Malheureusement les investissements de productivité réduisent le nombre de salariés dont l’entreprise a besoin. À production égale, une augmentation de 10 % de la productivité permet certes une augmentation de 10 % des salaires, mais elle permet aussi de réduire de 10 % les effectifs de l’entreprise. Elle expose au chômage.
Malheureusement les entreprises du CAC 40 sont très loin de représenter l’ensemble des entreprises françaises. C’est exactement comme si les revenus d’un joueur de foot comme Zidane représentaient les revenus des Français moyens. L’ensemble des entreprises françaises est en effet dans une situation difficile, voire dangereuse. Elles sont écrasées d’impôts et de charges, de réglementations, de contraintes comme le SMIC ou les 35 heures. Elles n’ont plus les liquidités nécessaires dont elles ont besoin pour investir, pour innover et devenir compétitives.
Malheureusement enfin, pratiquement toutes les entreprises du CAC 40 ne sont françaises que de nom. Elles ont su profiter de la mondialisation de l’économie et installent leurs nouvelles usines en Pologne ou en Chine. Elles le font en général sans délocaliser leurs sites français, ce qui ne met pas de salariés français au chômage. Mais elles n’embauchent plus de chômeurs français. La majorité de leurs salariés est ainsi devenue étrangère. Comme ces entreprises bien gérées font des bénéfices, elles attirent les capitaux. Les capitalistes français étant lourdement pénalisés par la fiscalité, ce sont les capitalistes étrangers qui achètent les actions des entreprises françaises et maintenant ils sont devenus majoritaires.
Tant que la beauté de la Provence ou le charme de Paris attirent fortement les PDG, les sièges sociaux resteront en France. Mais attention. Les actionnaires les obligeront peut-être un jour à s’installer dans les Ardennes Luxembourgeoises ou dans les landes irlandaises.
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