Guenin Jacques (de) - mercredi 07 décembre 2011
euro, dette
La manipulation malhonnête de la monnaie est un instrument couramment utilisé par les États pour dépenser plus qu’ils ne perçoivent de leurs sujets sous forme d’impôts.
Si, au cours d’une année, un gouvernement reçoit 100 et dépense 110, il devra, soit emprunter les 10, soit émettre de la monnaie qui ne repose sur aucune contrepartie.
Le premier procédé n’est pas éternel. S’il est répété, la dette de l’État augmente, les prêteurs exigent des taux d’intérêt de plus en plus élevés, et des garanties de plus en plus solides, jusqu’au moment où ils ne prêtent plus.
La seconde méthode devient alors nécessaire. La monnaie se dévalue (son pouvoir d’achat diminue). Il y a inflation.
La stabilité d’une monnaie est d’autant plus précieuse que l’on est moins instruit et moins fortuné : les gens instruits trouvent des procédés pour se prémunir contre l’inflation et même en bénéficier. Les gens peu fortunés, qui mettent péniblement un peu d’argent de côté chaque mois, voient leurs économies rognées par la perte de valeur de la monnaie. L’inflation est donc un vol.
À partir de 1871, les banques centrales des grands États occidentaux adoptèrent l’une après l’autre le système de l’étalon-or, c’est-à-dire la libre convertibilité des billets en or. Au XIXe siècle, le franc valait 282 mg d’or et garda cette valeur jusqu’en 1914. L’étalon-or a permis aux peuples occidentaux d’avoir des monnaies, non seulement stables dans leurs valeurs intrinsèques, mais aussi dans leurs valeurs respectives. Jamais ces peuples ne se sont aussi bien portés sur le plan économique. À partir de 1914, la convertibilité fut supprimée, les États ont pu recommencer à manipuler la monnaie et les billets ne cessèrent de perdre de la valeur.
Avec l’étalon-or, l’argument, si souvent rabâché ces derniers temps, qu’on ne peut avoir une monnaie unique entre pays économiquement très différents tombe de lui-même.
Or, l’euro, avec les critères de Maastricht qui lui sont consubstantiels (pas plus de 3 % du PIB de déficit budgétaire, pas plus de 60 % du PIB de dette pour les pays membres), est le meilleur substitut à l’étalon-or que l’humanité ait jamais inventé afin d’enlever aux États la possibilité de manipuler leur monnaie.
Hélas, nombre d’États violent les critères de Maastricht depuis plusieurs années et font des pieds et des mains pour reprendre le contrôle de cette monnaie au travers d’une ridicule « gouvernance économique » (comme si les États pouvaient faire mieux que le marché !). Heureusement que l’Allemagne est là pour les en empêcher. Il faut se féliciter que Nicolas Sarkozy, assez porté dans le passé au laxisme budgétaire, ait fini par se rallier aux arguments de Mme Merkel. Loin de considérer cela comme une « capitulation », il faut, au contraire, parler d’un progrès inespéré dans la compréhension du sujet.
Certes, le retour des monnaies nationales permettrait de faciliter la vie des États en leur permettant de faire de l’inflation au détriment de leurs citoyens. N’oublions jamais que, depuis la fin de la guerre jusqu’à la création de l’euro, nous n’avons pas eu une seule année sans inflation et la valeur du franc a été divisée par 373 !
La légèreté avec laquelle plusieurs États ont systématiquement emprunté pendant des décennies plutôt que de contrôler leurs dépenses a fini par inquiéter les prêteurs, qui ont d’abord augmenté les taux d’intérêt, puis envisagé de ne plus prêter. C’est cette légèreté qui est la seule responsable de la crise. Ce ne sont ni les marchés, ni les agences de notation, qui ne font que constater la situation créée par les États.
Pour sortir de la crise, il n’existe que deux solutions : le retour au laisser-aller monétaire par l’érosion des règles de la BCE, avec l’appauvrissement des peuples par l’inflation, ou la réduction drastique des dépenses publiques.
La première est un expédient totalement immoral. La deuxième prendra du temps mais, si les États s’y engagent de manière crédible, la confiance reviendra vite.
Par conséquent, tous les économistes honnêtes, a fortiori s’ils sont libéraux, devraient utiliser leur influence pour faire respecter les critères de Maastricht, plutôt que de prôner l’érosion des règles de la BCE, ou pire la disparition de l’euro. C’est ce respect qui devrait être la fameuse règle d’or et non une addition de plus dans la Constitution.
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