Bonnal Nicolas - mardi 16 septembre 2008
etats-unis
Comme dit Paul Krugman dans le New York Times, ceux qui pensent que John McCain et Sarah Palin vont continuer la politique de Georges Bush junior se trompent : ils vont l’aggraver (ou la magnifier). L’Amérique n’en est plus à une guerre ou à une faillite près.
L’été a mis en place les ingrédients d’une future politique agressive : le renforcement du dollar, l’effondrement des prix du pétrole, les accrocs de l’allié géorgien avec la Russie, promue future élue de l’axe du mal. Tout est en place pour des élections fraîches et joyeuses, pour une guerre fraîche et joyeuse. L’immobilier et les grandes banques en déroute n’ont qu’à bien se tenir. Pat Buchanan et la droite pro-life se sont rangés comme un seul homme derrière l’homme à la joue qui tombe et sa colistière. Et les incroyables destructions de valeur mobilière et immobilière de l’époque Bush vont être oubliées en un instant.
D’après l’édition du Figaro du 12 septembre, Palin n’exclut pas une guerre avec la Russie. Cela rassurera tous les bons Européens, ou plutôt tous les bons Atlantéens : parlant de la Géorgie et de l’Ukraine, « elle n’exclut pas d’entrer en guerre si l’un des deux pays est la cible d’une invasion russe, écrit la journaliste Julie Connan ».
Sur certains points, Sarah Palin est sympathique. D’abord, elle vient de l’Alaska et, pour une fois, américanisme sonne avec exotisme ; ensuite, elle est contre l’avortement, pour le port d’armes et le délire créationniste, ce qui ne manquera pas d’exaspérer les esprits chagrins. Sur le reste, l’agenda de McCain et de Palin est du bushisme caricatural : plus de guerres en Irak, Afghanistan et l’inévitable Iran (en attendant l’invasion du Venezuela ?), moins d’impôts pour les riches et les ultra-riches, plus d’optimisme panglossien sur tous les sujets.
Et c’est là que nous devons tout de même discuter l’exception américaine. Pour les républicains américains, la consommation est une bénédiction ; l’extraction du pétrole et la pollution sont une bénédiction (on en fait des taxes) ; l’endettement est une bénédiction (je rappelle qu’en latin le péché se dit « dette ») ; la guerre démocratique est une bénédiction. Tout est une bénédiction sauf le camp du mal, sujet à variations.
Mais, on se rappelle aussi qu’il n’y a que les imbéciles qui changent le monde, et donc les optimistes (le pessimiste est un imbécile malheureux, disait Bernanos). Après tout, les milliers de milliards de dollars de la dette publique et privée qui effarent les économistes sérieux, pour l’instant, n’ont pas trop fait de dégâts. On continue d’imprimer du billet vert, comme si l’on avait réussi à trouver le secret de la pierre philosophale.
Si l’on arrête en Chine ou en Arabie de croire en la valeur fictive du dollar, le monde s’écroule (beaucoup plus sûrement que si l’on arrête de croire en Dieu : le dollar est un « National Treasure » d’ésotérisme templier, comme Hollywood nous l’a enseigné). De ce point de vue, les Américains ont raison de persévérer dans l’optimisme. N’y a-t-il pas un Dieu pour eux, les ivrognes et les idiots, comme notait le chancelier Bismarck, au temps où l’Allemagne était la plus grande puissance du monde ?
Je relisais « De la terre à la lune », de Jules Verne dont l’éternel retour hollywoodien montre que cet auteur était plus atlantéen (terme que j’utilise au sens baconien – cf. La Nova Atlantis) que français. Dans ce bon petit livre d’aventures, on trouve un Gun-club qui veut lancer des fusées, pardon des boulets de canon, sur la lune, en partant de la… Floride.
Et Verne distingue trois traits américains, qui s’avèrent permanents : l’optimisme qui vire à l’enthousiasme belliqueux ; le goût immodéré pour la poudre et les balles, comme dirait Hugo ; et le refus de toute critique, que notaient aussi Dickens ou Tocqueville lors de leurs voyages américains. Le « wishful Thinking » qui a donné la pensée positive et l’obsession contemporaine pour le développement personnel trouve en Amérique sa terre d’élection, en même temps qu’un goût prononcé pour l’Apocalypse et la culture des catastrophes (guerre sainte contre beaucoup d’ennemis).
Espérons que l’année prochaine, avec l’élection de McCain grâce à sa colistière, ne nous amène pas une autre guerre mondiale dont l’Europe ferait stupidement les frais.
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