Lance Pierre - dimanche 28 août 2005
Mme Oriana Fallaci est cette journaliste italienne qui s’est rendue célèbre par ses diatribes enflammées contre l’invasion islamique qui menace l’Occident. Âgée de 75 ans et rongée par un cancer qui ne lui autorise qu’une nourriture liquide, Oriana Fallaci réside actuellement à New-York, mais sa maladie ne lui a rien ôté de son courage et de sa lucidité. Elle a publié en 2004 un livre intitulé “La Force de la Raison”, qui s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires dans toute l’Europe. La thèse qu’elle y défend est que le Vieux Continent est en train de devenir une colonie de l’Islam, et que les peuples d’Occident se sont lâchement soumis aux “fils d’Allah”. Oriana Fallaci joue le rôle de Cassandre, cette prophétesse grecque légendaire, fille de Priam, qui ne cessa de prédire la ruine de Troie et que personne ne voulut écouter. En général on n’aime guère ceux qui jouent les Cassandre, car ils sèment l’inquiétude et on les accuse d’être trop pessimistes. Ce qui me fit écrire un jour : “Cassandre pécha par excès d’optimisme : elle espérait être entendue des sourds.”
Le 23 juin 2005, Tunku Varadarajan, directeur de “Editorial features” du “Wall Street Journal”, a réalisé une interview d’Oriana Fallaci publiée sous le titre “Prophète du déclin”. Varadarajan compare Fallaci au philosophe allemand Oswald Spengler, auteur du livre célèbre “Le Déclin de l’Occident”, publié en 1922. (Ce n’est pas d’hier que nous déclinons, semble-t-il, mais le pire n’est jamais sûr.)
Les propos d’Oriana Fallaci n’ont certes rien de “politiquement correct”. “L’Europe n’est plus l’Europe – affirme-t-elle – ; elle est devenue l’”Eurabie”, une colonie de l’Islam, dans laquelle l’invasion islamique ne procède pas seulement dans un sens physique mais pénètre aussi dans les esprits et dans la culture. Le servilisme vis-à-vis des envahisseurs a empoisonné la démocratie, avec des évidentes conséquences pour la liberté de pensée et pour le concept même de liberté”. Ces propos et bien d’autres lui ont valu d’être accusée d’avoir contrevenu à un article du code pénal italien qui punit le “mépris de n’importe quelle religion admise par l’État”. Incroyable délit d’opinion ! Mais la France est encore un pays libre, où j’ai le droit d’écrire ici même que je méprise toutes les religions sans exception. Bref, Oriana Fallaci risque deux ans de prison si elle rentre en Italie. “Lorsque je l’ai su – raconte Fallaci à propos de sa récente accusation – je me suis mise à rire. Amèrement, certes, mais j’ai ri. Aucun amusement, aucune surprise, parce que ce procès est uniquement la démonstration que tout ce que j’ai écrit est vrai”.
Varadarajan lui demande s’il y a quelques auteurs contemporains qu’elle admire particulièrement. “Je me sens moins seule lorsque je lis les livres de Ratzinger”, lui répond-elle. (Elle appelle toujours Ratzinger le nouveau Pape Benoît XVI.) “Je suis athée, et si une athée et un Pape pensent la même chose, il doit y avoir quelque chose de vrai. C’est très simple ! Il doit y avoir ici une vérité humaine qui va au-delà de la religion”. Et Mme Fallaci lui a lu cet extrait d’un livre de Ratzinger: “L’Occident montre une haine envers lui-même qui paraît étrange et peut être considérée uniquement comme un phénomène pathologique; l’Occident ne s’aime plus; dans son histoire il voit uniquement ce qui est blâmable et destructif, et il n’est plus capable de reconnaître ce qui est grand et pur”.
Eh bien je vais me permettre de poser mon grain de sel dans ce duo attendrissant Fallaci-Ratzinger. Parce qu’il y a dans tout ceci une immense confusion. L’Occident s’aime toujours, et il se défendra bec et ongles, tôt ou tard, je n’en doute pas un instant. Mais l’Europe est en train de muer et de rejeter ses vieilles peaux, parmi lesquelles figure le christianisme, n’en déplaise à M. Ratzinger. Car ce que Mme Fallaci, que j’admire sans réserve, n’a pas compris, c’est que la lâcheté de l’Occident qu’elle déplore est le fruit direct de l’éducation chrétienne. Quand on inculque pendant des siècles aux catéchumènes que, si on les frappe sur une joue, ils doivent tendre l’autre et qu’il faut pardonner à leurs ennemis, on ne doit pas s’étonner qu’un jour ils le fassent et se couchent devant leurs envahisseurs. Le christianisme d’origine orientale a profondément et de mille manières corrompu l’Occident, et c’est bien de cela que celui-ci risque de périr. Le christianisme a préparé l’Europe à l’islamisme ! Si vous ne me croyez pas, faites ce test : demandez à un prêtre “Monsieur l’Abbé, de qui vous sentez-vous le plus proche, d’un Français athée ou d’un Français musulman?” Sa réponse, qui ne fait guère de doute, vous aidera peut-être à comprendre pourquoi le ver est dans le fruit.
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