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L’insécurité, une nouvelle « identité nationale »


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Courrier - dimanche 17 janvier 2010

violences

Peut-on se sentir Français dans un pays qui ne peut garantir à ses concitoyens l’intégrité de leur personne et de leurs biens ?

Une fois de plus,  la Saint Sylvestre a été marquée par la destruction de 1 137 véhicules, soulignant ainsi la faillite de la politique sécuritaire de l'État, incapable de faire respecter l'ordre malgré un dispositif policier de 45 000 hommes. Pourtant la loi prévoit des peines de 10 ans de prison et 150 000 euros d'amende pour toute destruction de bien par incendie, et même 20 ans de réclusion si cette infraction est commise en groupe. Mais la loi n'est jamais appliquée et il n'y a aucune réelle volonté politique de mettre fin à cette violence généralisée.

Le constat est accablant :
  • Depuis 1960, la criminalité a été multipliée par cinq, passant de 730 000 crimes et délits à près de 4 000 000 par an.

  • Selon l'Observatoire national de la délinquance ( OND ), le nombre d'actes de violence a augmenté officiellement de 70% sur la même période.

  • Mais selon l'Institut des hautes études de la sécurité intérieure ( IHESI ), seulement 10% des plaintes inscrites sur la main courante sont enregistrées dans les statistiques. Car pour qu'un suspect soit mis en cause, il doit impérativement être entendu par procès verbal ! Et comme la plupart des victimes ne portent pas plainte par découragement ou par peur des représailles, c'est une part infime des agressions qui est comptabilisée !

  • Depuis 1993, les coups et blessures volontaires ne sont considérés comme des délits que s'ils entraînent une ITT supérieure à huit jours ! Pour les ITT inférieures à huit jours, l'agresseur risque une simple amende.

  • On estime à 25 000 le nombre de viols annuels, mais moins de 10 000 sont répertoriés, beaucoup de viols collectifs dans les quartiers n'étant pas déclarés par peur des représailles.

  • Depuis 1972, le taux d'élucidation des crimes a été divisé par deux, passant de 52% à 28%. En admettant que 10% des agressions donnent lieu à une plainte, le risque pour un délinquant d'être condamné est pratiquement nul.

  • On dénombre environ 800 quartiers difficiles, dont 150 très difficiles, où les médecins ne s'aventurent plus la nuit.

  • 5% des délinquants commettent 80% des infractions graves, mais sont toujours en liberté malgré leur « statut » de multirécidivistes notoires.

  • L'inexécution des décisions de justice atteint 58% pour les peines de prison ferme et les sursis avec mises à l'épreuve ne sont effectués que dans un quart des cas.

  • Selon un rapport de l'Inspection générale, 82 000 condamnés à des peines de prison ferme sont en liberté, faute de place dans nos prisons. Où est la dissuasion, s’il y a davantage de condamnés dans la rue qu'en prison ?

  • La délinquance des mineurs, que les caïds utilisent largement du fait de leur immunité, explose d'année en année. Pourtant la loi prévoit 5 de prison et 150 000 euros d'amende pour toute personne incitant un mineur à commettre un délit. Mais, là encore, le Code pénal n'est malheureusement jamais appliqué !

  • C'est ainsi qu'on laisse se développer, en toute impunité, un juteux trafic de drogue, et d'armes venues de l'ex Yougoslavie qui vont s'entasser dans les caves de nos banlieues.

Et pourtant, face à l'explosion de la délinquance en 2009 ( + 5% de violences contre les personnes et + 12% de cambriolages, selon l'OND ), la Révision générale des politiques publiques ( RGPP ) prévoit une baisse des effectifs de police et de gendarmerie. Fermetures de commissariats, dissolution de 15 escadrons de gendarmerie mobile et diminutions des effectifs des CRS sont au programme. Notre  président de la République a décrété en septembre 2009 la mobilisation générale face à la délinquance ; mais comment demander aux forces de l'ordre de faire mieux avec 8 000 hommes de moins ?

Il est clair que le droit élémentaire de tout citoyen à la sécurité n'est plus garanti et que le triomphalisme affiché par le gouvernement est à des années lumière de la réalité des faits. Chaque jour la situation s'aggrave faute de volonté politique.

Cette pitoyable démission des autorités décourage les policiers et fait naître chez les citoyens un exaspérant sentiment d'abandon.

Lorsque des parts croissantes du territoire national sont abandonnées aux délinquants, que les transports publics ne sont plus sécurisés, qu’il est impossible de laisser sa voiture garée dans la rue sans craindre d’en retrouver la carcasse calcinée le lendemain, cela dans une société déboussolée qui privilégie systématiquement le droit des voyous par rapport à celui des victimes ou des forces de l'ordre, le débat sur l’identité nationale devient surréaliste.

Jacques Guillemain


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