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L’intégrisme a fait du monde musulman une poudrière


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Artur du Plessis Laurent - mercredi 06 juin 2007

iran, islamisme, liban
Depuis le 20 mai, l’armée libanaise combat les miliciens islamistes sunnites du Fatah al-Islam, à Nahr el-Bared – nord du Liban – l’un des douze camps de réfugiés palestiniens du pays. Cela fait ressurgir le spectre de la guerre civile de 1975-1990. Beyrouth dit que le Fatah al-Islam, né en novembre 2006, est manipulé par la Syrie. Mais Damas nie tout lien avec cette organisation dont le dirigeant, Chaker al-Abssi, est recherché par la justice syrienne.

Beyrouth, encouragé par l’Arabie Saoudite et les États-Unis, avait armé ce groupe sunnite pour contrebalancer le Hezbollah, organisation extrémiste chiite. Mais le diable est sorti de sa boîte. Abssi se réclame de l’idéologie d’Al-Qaïda. La plupart des 300 miliciens – des Palestiniens, des Saoudiens, des Algériens, des Tunisiens, des Syriens et des Libanais – du Fatah al-Islam ont combattu en Irak. Le cas libanais reflète l’évolution du monde musulman.

Quoique rivaux, chiites et sunnites ont la même haine de ce qui s’oppose à l’hégémonie de l’islam. Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, a pris parti pour le Fatah al-Islam, mettant en garde le gouvernement libanais. Il a fait taire son anti-sunnisme, pour ne pas renforcer le gouvernement du Premier ministre Siniora. En Irak, chiites et sunnites s’étripent. Cela n’empêche ni les uns ni les autres d’attaquer les troupes de la coalition.

Sunnite ou chiite, l’intégrisme islamiste travaille à prendre les commandes du monde musulman. Ansar al-Islam fait oeuvre de prosélytisme dans tous les camps palestiniens du Liban. Le surgissement de cette organisation invoquant Al-Qaïda, est en résonance avec la montée de l’intégrisme islamiste dans la région. Au Sud-Liban, le Hezbollah se réarme malgré l’ONU. Dans les Territoires palestiniens, le Hamas combat le Fatah. Ses miliciens, et ceux du Djihad islamique, bombardent Israël. Celui-ci est confronté, non plus à un nationalisme classique comme celui du Fatah, mais à l’intégrisme islamiste, qui vénère la oumma (communauté des croyants), combat les « infidèles », et voit en l’Occident une émanation de Satan.

Des mouvements invoquant Al-Qaïda se développent dans le Maghreb, ainsi que dans l’Afrique sub-saharienne. En Somalie, les milices islamiques ont plongé le Darfour dans le chaos. En Afghanistan, les troupes occidentales s’épuisent face aux talibans toujours plus nombreux, adossés aux régions tribales de l’Ouest pakistanais et bénéficiant de la sympathie de la population.

Depuis mars, au Pakistan se multiplient des manifestations consécutives à l’éviction du président de la Cour suprême par le président Musharraf. Les élections présidentielle et législatives sont prévues fin 2007 et début 2008. La chute éventuelle de Musharraf, l’homme fort du pays, pourrait donner les clés du pouvoir aux intégristes, qui disposeraient alors de l’arsenal nucléaire pakistanais. En Indonésie et dans le sud de la Thaïlande, se développent des foyers terroristes islamistes. La Turquie se réislamise, sous l’habile férule du Parti – islamiste – de la justice et du développement (AKP) qui est au pouvoir, avec le concours de la jobardise européenne. Mais les laïcs manifestent. Excédée, l’armée, gardienne de la laïcité, songe à un coup d’État, qui entraînerait une guerre civile.

En Somalie, les milices islamistes ont installé le chaos au Darfour. L’Iran poursuit sa course au nucléaire, malgré les sanctions onusiennes.
Le dialogue entre Washington et Téhéran sur l’Irak n’empêche pas l’émergence de casus belli, comme la rétention en Iran de citoyens américano-iraniens. La probabilité d’une attaque aérienne américaine augmente, bien que de nature à provoquer une immense onde de choc politique.

Les consultations électorales dans le monde musulman sourient aux islamistes. En Turquie, l’AKP – sortant – est donné gagnant aux législatives du 22 juillet prochain. Au Maroc, une forte poussée islamiste est attendue à celles du 7 septembre.

Le monde musulman – 1,3 milliard de personnes – s’enfonce dans la guerre civile, parce que les intégristes veulent y restaurer complètement la charia (loi islamique). Ils ambitionnent de l’étendre aux terres jadis musulmanes – comme l’Espagne, la Sicile ou les Balkans – puis à toute l’humanité. Ils désignent l’Occident comme ennemi. Récemment, une tentative d’attentat visant l’aéroport John Kennedy à New York a été déjouée.

Un rien pourrait transformer les tensions actuelles en embrasement général, souhaité par des intégristes islamistes comme le président iranien. Nul ne serait à l’abri…

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