Rouxel Jean - mercredi 14 novembre 2007
greves, regimes-speciaux
Sur la réforme des régimes spéciaux, le gouvernement, avant même d’engager l’épreuve de force, a fait beaucoup de concessions. Peut-être beaucoup trop (en particulier sur les « bonifications », permettant de valider des années non travaillées…). Car l’équité voudrait non seulement que les durées de cotisations soient harmonisées, mais aussi que le niveau des pensions soit fonction, peu ou prou, des cotisations effectivement versées
Or, la caractéristique commune de tous ces régimes spéciaux – à commencer par celui des parlementaires – est que les bénéficiaires récupèrent les cotisations qu’ils ont versées en un temps record, quand les rameurs du régime général sont certains de ne jamais les retrouver.
Les syndicats, CGT en tête, ont cru que Xavier Bertrand irait plus loin encore. En lâchant en particulier sur les « décotes », qui réduisent le montant des pensions pour cause d’année manquante. C’est 10 % par année dans le régime général. Et déjà beaucoup moins dans chacun des régimes spéciaux…
Une fois de plus, l’affrontement prend la forme d’une grève générale. Les syndicats, cadres CGC et conducteurs de trains exceptés, ont été surpris de constater la forte motivation de leur base. C’est elle qui a voulu y ajouter la dimension « pouvoir d’achat », thème qui revient à prendre au mot, sur l’un de ses thèmes de campagne, le président Sarkozy.
Celui-ci a sans doute pensé qu’il « baratinerait » les syndicalistes comme il sait si bien faire avec les politiques. C’était oublier que la CGT n’existe que par son pouvoir de blocage encore presque intact. Plutôt que de déjeuner avec François Chérèque, avant de prendre l’apéritif avec Bernard Thibault, il aurait mieux fait de suivre les conseils de Philippe de Villiers, et de faire adopter, avant toute autre chose, par ordonnances, un ensemble de dispositions remettant les syndicats à leur juste place (Suppression de la loi de 1945 sur l’exclusivité syndicale. Obligation de votes à bulletins secrets pour toute décision d’action revendicative…). Au lieu de quoi on a eu droit au vote d’une loi sur le service minimum qui n’est qu’une petite souris.
Le Premier ministre a adopté une posture de fermeté. Les preneurs d’otage ne veulent pas abandonner leurs privilèges. Le président de la République croit au pourrissement rapide du mouvement. Parce qu’il compte sur le soutien de l’opinion. Mais déjà les médias jouent contre lui. Et les banlieusards ne sont pas tous adeptes d’épuisantes marches à pieds.
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