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La Belgique existe-t-elle ?


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Lance Pierre - mardi 13 novembre 2007


« Les récentes élections belges ont montré une progression et un durcissement des positions nationalistes wallonnes et nationalistes flamandes. Les responsables belges continueront-ils de nier l’évidence et de s’entêter à croire que la Belgique “existe” ? Je l’ai dit et je le répète : la Belgique n’existe pas. Il existe une patrie flamande et une patrie wallonne, qui seront tôt ou tard indépendantes, tôt dans la sagesse et la lucidité ou tard dans la violence et dans le sang, mais qui le seront inéluctablement. »

J’écrivais cela en octobre 1971 dans la revue « L’Hespéride » (dont les principaux articles sont dans mon livre « L’Avenir des Gaulois »). Aujourd’hui, 36 ans plus tard, l’interminable querelle linguistique belge revient sur le devant de la scène, empêchant depuis plus de 150 jours la formation d’un gouvernement. Le temps passe vite, mais l’Histoire est longue. La Belgique n’a survécu en tant qu’État unitaire que grâce à la lente et cahotante construction de l’Europe, dans laquelle les politiciens belges se sont impliqués, précisément parce qu’elle leur semblait une planche de salut pour la Belgique toujours menacée d’explosion. Bruxelles étant devenue la capitale de l’Europe en gestation, cela seul a prolongé l’existence de la Belgique.

La Belgique est un État artificiel, fabriqué de toutes pièces en 1830. Après la chute de Napoléon, le Congrès de Vienne de 1815 avait rattaché les pays belges au royaume des Pays-Bas, sur lesquels régnait Guillaume d’Orange. Grave erreur qui amalgait la Wallonie catholique et francophone à un ensemble néerlandais protestant. Cela ne pouvait pas tenir. Une révolution éclate à Bruxelles le 23 septembre 1830. Elle est conduite par les bourgeois et les libéraux francophones contre le pouvoir orangiste, accusé d’une oppression à la fois religieuse et linguistique sur les élites belges, principalement francophones. L’indépendance est proclamée le 4 octobre 1830 par le gouvernement provisoire et un Congrès national est élu le 3 novembre par un collège électoral de 30 000 électeurs seulement (en majorité francophones), soit à peine plus de 1/100 de la population adulte.

Ce Congrès promulgue une Constitution le 7 février 1831 et choisit le français comme unique langue officielle, nouvelle erreur qui marginalise la population flamande majoritaire. Les ferments de la discorde sont dès lors réunis. Depuis, la Belgique survit.

En 1830, il fallait créer une République indépendante de Wallonie et laisser les Flamands dans le royaume hollandais, dont ils partageaient la langue et la culture. Et c’est encore ce qu’il faudrait faire aujourd’hui. C’est étrange comme les hommes répugnent toujours à la partition, qui est pourtant la solution idéale à tous les conflits ethniques porteurs de guerres civiles. On s’entête à vouloir ficeler ensemble des peuples différents, alors que le « chacun chez soi et maître chez lui » est la source naturelle de la paix et de l’entente entre les nations. (Je me suis toujours demandé pourquoi les Pieds-Noirs ne s’étaient pas regroupés pour constituer au Maghreb une République autonome. Il paraît que Charles de Gaulle était favorable à cette idée.) L’Afrique est déchirée par des guerres tribales parce que ses États et leurs frontières sont artificiels car issus de la colonisation et coupent des ethnies en morceaux rattachés n’importe comment à d’autres morceaux d’autres ethnies. On dirait un puzzle dont les pièces auraient été découpées par un géographe dément et ne pourraient jamais s’emboîter correctement.

Quant à la Belgique (tout comme d’ailleurs l’Irlande du Nord), elle ne parviendra jamais à trouver une paix civile solide si elle n’est pas capable de tirer les conséquences d’une réalité incontournable : elle est composée de deux peuples différents de culture et de tempérament, mais qui peuvent très bien être amis, à la condition de n’être pas collés de force l’un à l’autre comme des frères siamois. Les Flamands sont des Germains et les Wallons sont des Gaulois. (On devrait d’ailleurs les appeler des Gallons, comme nous disons Prince de Galles pour Prince of Wales et Guillaume pour William). Des Germains et des Gaulois peuvent très bien fraterniser, mais certainement pas vivre ensemble, comme trois millénaires de conflits gallo-germaniques le prouvent abondamment.

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