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La Biélorussie, l’Iran et le choc des civilisations…


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Thieulloy (de) Guillaume - mercredi 22 mars 2006


Dimanche 19 mars, la Biélorussie élisait son nouveau président. Deux candidats s’opposaient : le président sortant Alexandre Loukachenko et le leader de l’opposition, Alexandre Milinkevitch.

Le premier a été comme prévu réélu largement, avec 82 % des voix, tandis que le second appelait à manifester contre ce « simulacre de démocratie » et réunissait environ 10 000 personnes (dont 1 500 journalistes, a perfidement ajouté le pouvoir en place !), dimanche soir dans les rues de Minsk, la capitale biélorusse
Autant dire – avant même que les résultats officiels ne soient disponibles – que le scénario de « révolution de velours », sur le modèle ukrainien, géorgien ou libanais, n’a pas pris dans cette république si proche de la Russie.
Pourquoi cet échec ?

Tout d’abord, la Biélorussie est beaucoup plus proche de la Russie que tout autre État et, par conséquent, le pouvoir de Vladimir Poutine, qui a résorbé comme on sait la révolution orange d’Ukraine, était ici moins disposé qu’ailleurs à la « complaisance »…

Mais, surtout, Loukachenko, ancien communiste non repenti, a un bilan économique sans commune mesure avec celui de ses voisins. S’étant refusé à toute réforme économique, il est actuellement à la tête d’un État en charge de 75 % de l’économie. À moyen et long terme, cela pose évidemment le problème de la survie économique du pays ; à court terme, cela évite le chômage et permet la réélection.

Accessoirement, le statut de l’opposition n’est pas vraiment assuré, puisque Milinkevitch a concouru sans autorisation. Eût-il gagné qu’il eût pu tout aussi bien se retrouver en prison!
Bref, tout était réuni pour éviter une nouvelle « révolution de couleur »…

Mais il est surtout important de comprendre à quel point la donne a changé depuis l’année dernière. Non pas que les peuples aspirent moins qu’auparavant à la liberté ; non pas non plus que les dictateurs soient plus armés que naguère. Mais le jeu joué par les États-Unis soutenant les révolutions dans les pays limitrophes de la Russie semble momentanément dépassé…
Grâce au contrôle de l’énergie, Vladimir Poutine a remis au pas, avec la vigueur que l’on sait, l’Ukraine qui se targuait de montrer l’exemple de la sécession.

Et, actuellement, ce serait plutôt la Russie qui taillerait des croupières aux États-Unis dans la région. Chacun a pu constater que Poutine soutenait le Hamas et l’Iran. Cela semble bien lointain. En réalité, c’est le cœur du sujet : le Proche-Orient, c’est le nouveau « glacis » de l’empire russe depuis la chute du Mur.

Il était de bonne guerre que les Américains jouent les cartes khazare, kirghize ou afghane pour encercler l’ours russe. Il est tout aussi logique, dès que l’on observe une mappemonde, que les Russes s’allient aux Iraniens ou battent froid les Israéliens en soutenant le nouveau Parlement palestinien.
Et il est « géopolitiquement » logique que Poutine se batte contre les Tchétchènes, tout en soutenant le Hamas. Tout comme la position des États-Unis en Asie centrale est logique, qu’elle soutienne l’islam radical contre les Russes ou Israël contre l’islam radical.

Pour autant, la géographie n’est pas tout. Et le plus clair de ces histoires, distinctes mais conjointes, c’est que la paix du monde devient chaque jour plus improbable. Le « choc des civilisations », prophétisé par Huntington et que chacun s’accorde à vouloir retarder autant que faire se peut, devient également chaque jour plus probable.

L’alliance de la Russie, de la Chine, et d’une partie des islamistes, contre les États-Unis, une partie de l’Europe et l’autre partie des islamistes, si elle se comprend fort bien lorsqu’on regarde une carte du monde, laisse présager le pire.
Certains se réjouiront que la Biélorussie ait mis en échec l’interventionnisme américain. D’autres auront davantage raison en pensant « au coup d’après » : le monde multipolaire est loin d’être plus sûr que le monde bipolaire…


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