Rouxel Jean - mercredi 08 novembre 2006
Quarante-huit chefs d’État et de gouvernement africains se pressaient, le week-end dernier, au sommet Chine-Afrique, à Pékin. Douze sociétés chinoises ont passé des accords avec des gouvernements et des compagnies africaines, qui représentent 1,9 milliard $ (1,5 milliard e). En 10 ans, la Chine s’est imposée en Afrique, décuplant ses échanges commerciaux, qui dépasseront 50 milliards $ (39 milliards e) cette année, autant qu’avec les États-Unis. Pour 2015, ils sont prévus à 100 milliards $ (78 milliards e) : le volume actuel du commerce afro-européen. 800 entreprises chinoises travaillent en Afrique. Le président Hu Jintao veut doubler l’aide financière chinoise à l’Afrique dans les trois ans, éponger les dettes de ces pays pauvres par la mise en place de prêts gouvernementaux à taux zéro, et accorder une série de prêts à taux préférentiels d’un montant de 3 milliards $ (2,3 milliards e). La Chine va ainsi élargir les débouchés de ses machines-outils, de ses équipements électroniques.
Le pétrole africain constitue 30 % des approvisionnements chinois, et près de 40 % de l’augmentation des échanges commerciaux sino-africains. La compagnie China National Offshore Oil Corp (CNOOC) a investi près de 2,3 milliards $ (1,8 milliard e) dans l’offshore nigérian. Pékin est partout : dans la téléphonie mobile kenyane, le cuivre zambien, l’hôtellerie botswanaise, le charbon et l’or sud-africains…
Pékin va où les Occidentaux ne vont pas, comme au Zimbabwe. Sans exigence idéologique. À une exception : la question de Taïwan. Il a fallu que le Sénégal rompe avec ce pays, pour recevoir la visite d’un envoyé de Pékin. La Chine détient un avantage sur l’Occident : les principes de « bonne gouvernance » professés par Paris, Londres ou Washington, rebutent les dirigeants africains, qui préfèrent la « non-ingérence » chinoise. Quand Washington entend placer Khartoum sous son emprise tout en dénonçant le génocide du Darfour, Pékin noue avec le Soudan des relations sans anathème. Il y construit une raffinerie de pétrole. À la Conférence mondiale de l’ONU sur les droits de l’homme, à Vienne, en juin 1993, la Chine prit la tête d’un bloc islamo-asiatique qui contesta cette idéologie, l’opposant au droit au développement. Elle a confirmé cette position, qui lui donne un avantage compétitif, pas seulement en Afrique. Décidément, le droit-de-l’hommisme est un handicap, au plan économique comme au plan militaire.
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