Rouxel Jean - mercredi 13 juillet 2011
violences
La semaine dernière a vu l’un de ces psychodrames dont l’actualité politico-médiatique française a le secret : la publication d’un rapport de la Cour des comptes sur « L’organisation et la gestion des forces de sécurité publique » a déclenché une polémique dans le microcosme.
Mais, commençons par le commencement. La Cour des comptes s’est montrée fort lucide sur la situation, caractérisée à la fois par une hausse de la délinquance et par une stabilisation (voire une diminution) des moyens des forces de l’ordre.
Elle critique assez vertement (même si elle le fait, selon l’usage, en termes choisis) la politique de communication et de statistiques menée depuis 2002 et l’arrivée de Nicolas Sarkozy place Beauvau. En particulier, elle considère que l’outil statistique utilisé fausse l’évaluation – et, au-delà, la fixation d’objectifs – de la politique de sécurité publique. En lisant ce passage, je n’ai pu m’empêcher de songer à Mark Twain : « Les faits sont têtus. Il est plus facile de s’arranger avec les statistiques » !
Ce qui me semble certain, c’est que, malgré les cocoricos lancés par les ministres de l’Intérieur successifs depuis 10 ans, malgré les chiffres de ces « succès », la sécurité des biens et des personnes ne s’est pas améliorée.
La Cour écrit ainsi : « Les atteintes aux biens (2 184 460 faits en 2010) ont baissé́ de 28,6 % de 2002 à̀ 2010, baisse que les enquêtes de « victimation » réalisées par l’ONDRP conduisent à̀ relativiser ; les atteintes aux personnes ont augmenté́ de 21,2 % sur la même période. »
On apprend également que le temps passé par les forces de l’ordre sur la voie publique représente un tiers seulement du temps de travail global !
Bref, le rapport montre que des progrès restent à faire.
La suite est surréaliste. Claude Guéant a mis en cause « un nombre important d’inexactitudes, d’erreurs d’analyse, d’oublis et d’appréciations manquant d’objectivité ». Et il note que la plupart des magistrats en charge de ce rapport ont travaillé pour la gauche (si, à l’approche de 2012, l’UMP s’aperçoit que les socialistes ne sont pas ses amis les plus fidèles, il y a de l’espoir !).
En réponse, certains socialistes ont déclaré qu’un ministre ne pouvait pas critiquer « une institution indépendante ».
Mais pourquoi une institution d’État ne pourrait-elle pas proposer des pistes d’amélioration ? Et pourquoi un ministre ne pourrait-il pas la critiquer ? Que je sache, ce qui est grave, ce n’est pas la critique ou le débat ; c’est bien la délinquance – et la délinquance impunie !
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