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La France a perdu sa propre mémoire


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Thieulloy (de) Guillaume - jeudi 17 décembre 2009

france
Voici déjà quelques mois que j’ai reçu l’excellent ouvrage de Thierry Bouclier, l’un de ces avocats qui maintiennent la tradition d’une forte présence de la droite non-conformiste au sein du barreau (auteur déjà d’une biographie de Tixier-Vignancour et d’un livre sur les années Poujade…).

Le temps m’avait manqué, non pas pour le lire, mais pour commenter le dernier livre de Bouclier, mais je ne regrette pas ce retard : ainsi, ma recension tombe-t-elle en plein débat sur l’identité nationale. Or, ce livre nous dit des choses précieuses sur l’idée nationale – et notamment sur l’identité nationale que l’on occulte sciemment.

« La République amnésique » : le titre est explicite et suffisamment alléchant pour se « vendre » tout seul.
Mais je dois vous dire, chers lecteurs, que le titre ne fait pas de fausses promesses : c’est bien d’amnésie qu’il est question et le « Dr Bouclier » sait à merveille soigner ces maladies-là, au besoin par la manière forte.

Comment fait-il ? Il prend un thème – le plus souvent un thème censé être « d’extrême-droite » – et il rappelle, l’air de rien, ce que la gauche et la droite dite parlementaire en pensaient voici dix, trente, cinquante ou cent ans

Autant dire que le résultat « défrise » et que l’on comprend sans peine que la grosse presse ne se soit pas précipitée pour parler du livre. Quelques exemples ? On n’a que l’embarras du choix.

Qui a dit : « Bien que ceux qui affectent de nous présenter comme des sans-patrie soient les mêmes hommes qui, depuis un siècle, n’ont su que faire envahir et démembrer la patrie livrée par leur classe au banditisme de la finance cosmopolite […], nous ne les laisserons pas traduire notre glorieux cri de : vive l’Internationale ! par l’inepte hoquet de : à bas la France ! » Paul Lafargue, le propre gendre de Marx (cité p. 18). À une époque où socialiste ne rimait pas nécessairement avec apatride…

Mieux connu, le couplet de Jules Ferry sur la colonisation : « Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit sur les races inférieures. Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. » (p. 19) Diantre ! Nous qui pensions qu’il n’existait point de race et point de civilisation supérieure, nous voici détrompés par un héraut de la gauche républicaine…

Plus cocasse, quand on pense à l’actuel débat sur l’identité nationale (où la seule chose qui reste « streng verboten » est de parler d’immigration…), savez-vous comment le droit du sol s’est imposé ? Giscard en personne nous l’apprend (p. 73-74) : tout simplement, parce que la République avait besoin de chair à canon !

On goûtera aussi en esthètes (quand on voit les dépravations que soutiennent désormais les gauchistes de tout poil), cet article du communiste Paul Vaillant-Couturier : « La malfaisance du capitalisme, l’immoralité dont il donne l’exemple, l’égoïsme qu’il développe, la misère qu’il crée, la crise qu’il engendre, les maladies sociales qu’il propage, les avortements qu’il provoque, détruisent la famille. » (p. 129)

Une dernière gourmandise ? Voici Marx Dormoy, ministre de l’Intérieur du Front populaire, déclarant dans une circulaire à propos des réfugiés fuyant la guerre civile espagnole, dont beaucoup étaient des socialistes comme lui : « Parmi les réfugiés […] qui sont hébergés actuellement aux frais de la collectivité publique, se trouvent de nombreux hommes valides en état de travailler. Il n’est pas possible pour le gouvernement d’entretenir sur les deniers publics cette catégorie de personnes […]. D’autre part, il ne saurait être question d’autoriser ces réfugiés à travailler en France. […] En conséquence, vous voudrez bien inviter ces étrangers à choisir le point de la frontière d’Espagne par lequel ils désirent [sic] quitter la France. » (p. 52-53)

Le cœur du débat sur l’identité nationale est notre mémoire commune. Personne n’ose le dire, parce que la plupart des immigrés ne partagent pas cette mémoire et que l’on veut à toute force en faire des Français comme nous. Pourtant, les Polonais, les Espagnols, les Italiens des années trente ont prouvé qu’il était possible d’acquérir, en quelque sorte, une nouvelle mémoire. Mais, encore faut-il que le pays d’accueil ait conservé sa propre mémoire. Nous en sommes loin et ce livre nous le montre de façon à la fois drôle et effrayante !

La République amnésique
Thierry Bouclier
Éd. Rémi Perrin


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