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La France accroît ses ambitions mais réduit ses moyens militaires


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Artur du Plessis Laurent - mercredi 23 janvier 2008

armee
Nicolas Sarkozy accentue le déploiement de nos forces à l’étranger. La France sera bientôt le seul État, avec les USA, à disposer d’une base militaire dans une pétromonarchie du Golfe : en vertu d’un accord signé avec les Émirats arabes unis (EAU) à l’occasion de la brève visite du président de la République à Abou Dhabi le 15 janvier, la France y installera une base navale permanente, abritant 400 à 500 personnels pour les trois armes.

« C’est une petite révolution géopolitique, a précisé le chef d’état-major particulier du président de la République, le vice-amiral d’escadre Édouard Guillaud, chargé de mettre en place le projet. Depuis plus de 50 ans, la France n’avait jamais installé quelque base que ce soit, où que ce soit dans le monde. Tout ce que nous avons à l’heure actuelle, c’était l’héritage de notre histoire coloniale. Donc pour nous c’est effectivement une rupture. »

Les EAU, liés à la France par un accord de défense réciproque depuis 1995, lui ont demandé l’implantation de cette base : sunnites, ils redoutent les visées hégémoniques de l’Iran chiite, auquel les oppose un contentieux sur des îles. Les Américains eux aussi sont satisfaits : leur présence militaire dans cette région étant de plus en plus mal tolérée par les populations autochtones, un renfort de la France, plus appréciée, est bienvenu.

Et cela resserre encore les liens entre Paris et Washington. Opérationnelle courant 2009, la base d’Abou Dhabi sera à 225 km de l’Iran, près du détroit d’Ormuz où transite 40 % du pétrole mondial. Elle complétera la base française de Djibouti - 2 800 personnes - sur les rives du Golfe d’Aden - autre position stratégique près des routes maritimes pétrolières.

L’implantation de la base d’Abou Dhabi intervient à point nommé : la situation est tendue au Liban, à Gaza, en Irak. Et la crise nucléaire iranienne fait du Golfe arabo-persique une poudrière, comme l’a montré l’incident du 6 janvier dernier entre les marines iranienne et américaine. Il n’était pas le premier du genre.

La France a été l’instigatrice de la Force européenne de sécurisation des camps de réfugiés soudanais (EUROFOR), qui ira dans le Nord de la Centrafrique et à l’Est du Tchad. Cette mission comporte un enjeu humanitaire, mais aussi stratégique : le Soudan voisin regorge de pétrole. La France fournit plus de 2 000 des 3 600 hommes de cette force.

« Il se déroule ici une guerre contre le terrorisme que nous ne devons pas perdre », a dit Nicolas Sarkozy à Kaboul en décembre. Près de 2 000 militaires français opèrent dans ce pays, dont les talibans contrôlent la moitié. Sarkozy va en envoyer 250 de plus. En mars, des Rafale équipés du missile AASM, très perfectionné, d’une portée de 50 km, remplaceront les six Mirage en service là-bas. Et des chars Leclerc les y rejoindront bientôt.

La réalisation des louables ambitions géopolitiques du chef de l’État nécessite l’attribution de moyens supplémentaires à nos forces armées. Au contraire, l’Élysée compte se servir du budget de ce ministère comme d’une variable d’ajustement de celui de l’ensemble de l’État. Il a donné des instructions à l’état-major pour que les armées françaises réduisent leurs effectifs de 54 000 hommes et femmes d’ici à la fin de la prochaine loi de programmation militaire, en 2011. La gendarmerie (96 000 personnes) étant épargnée, la purge touchera la « mission défense » des armées, assurée par 320 000 personnes dont 74 000 civils. Les trois armes paieront un égal tribut à cette réduction de 17 % des effectifs.

Les équipements ? Pour honorer les programmes en cours, il faudrait augmenter les crédits d’équipement du ministère de la Défense de 41 % entre 2009 et 2013. Il n’en est pas question. L’indispensable projet de second porte-avions nucléaire est oublié. Et aucun pays de l’Union européenne ne veut aider la France à mettre sur pied des forces de projection capables d’assurer en permanence la sécurité des approvisionnements pétroliers et gaziers en provenance du Moyen-Orient. Cela illustre l’aboulie de l’Europe, qui s’en remet aux États-Unis pour ses intérêts vitaux.

Le ministre de la Défense, Hervé Morin, prépare les militaires à ces mesures d’austérité en leur expliquant que la crise des subprimes née cet été aux États-Unis a assombri la conjoncture économique. Il devrait raisonner à l’inverse : la récession qui s’annonce s’accompagnera immanquablement d’une aggravation des tensions internationales nécessitant un accroissement des crédits de la Défense nationale. Mais réduire « la Grande Muette » à la portion congrue a toujours été la solution de facilité.

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