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La France chérit ses chaînes


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Milliere Guy - mercredi 19 mars 2008

liberte, croissance
Au retour d’un récent séjour outre Atlantique, je n’ai pu qu’être frappé, une fois de plus, par les multiples anomalies et aberrations qui marquent la société française.

Certains ici disent avoir compris la modernité économique : ne savent-ils pas que les coûts de transaction sous toutes leurs formes doivent être abaissés autant que faire se peut pour libérer la croissance et la créativité ? Pourquoi en ce cas asphyxier l’accès aux aéroports en multipliant grillages, murets et glissières ? Pour dissuader l’utilisation de l’automobile ? Pour démultiplier les temps de trajet ? Ce qui se constate à Roissy se retrouve dans toutes les villes du pays où il semblerait que les services de la voirie s’ingénient à voir comment créer un maximum d’embouteillages et de restrictions au déplacement individuel. On institue des villes pétrifiées, immobiles, en état de thrombose permanente, collectivistes, à la merci de toute grève ou manifestation.

Le pire est que cela ne semble déranger personne ou presque : cela s’appelle l’accoutumance. Et cette accoutumance coûte cher en gaspillage de temps, d’énergie, de béton, de métal et de travail contre-productif. Si certains croient ainsi diminuer les « émissions de gaz à effet de serre », j’aurai à leur proposer des solutions plus radicales pour parvenir à ces fins. J’en ai énoncé quelques-unes en ces pages, j’en ai d’autres en réserve.

Les autres obstacles à la croissance et à la créativité en France sont si nombreux que je ne puis les énumérer tous. Il y faudrait un gros dictionnaire que je n’ai pas le loisir de rédiger. Des universités où l’on s’obstine à distribuer des formations qui n’en sont pas et souvent ne servent à rien sur le marché du travail aux « commissions » chargées de se pencher sur de faux problèmes que, par définition, elles ne résoudront pas ; de discours politiques stupides et faussés tels la rengaine sur le « pouvoir d’achat » (ou version socialiste « la vie chère ») à débats ineptes sur la chirurgie esthétique en Tunisie ou le sado-masochisme en Europe centrale qui inondent les programmes audiovisuels, on n’a que l’embarras du choix et l’incitation de se détourner de l’ensemble avec un sourire navré.

Les propositions de la commission Attali constitueraient un strict minimum pour redresser un peu la barre et faire de la France une société socialiste un peu moderne. Il resterait d’immenses pas à franchir, une fois ce minimum atteint, pour entrer pleinement et efficacement dans le XXIe siècle, mais ce minimum semble déjà beaucoup trop aux tenants de tous les archaïsmes et aux adeptes des scléroses. Il est des esclaves qui pensent avoir tout à perdre en étant délivrés de leurs chaînes et qui préfèrent mourir avec elles, disait un auteur du XVIIIe siècle. La parole reste exacte.

Je ne vois pas comment ce pays pourra se réformer tant les problèmes y semblent emboîtés les uns dans les autres, comme pour constituer un grand piège. Seuls le travail des idées et l’ouverture au monde en ce qu’il a de plus dynamique le permettraient. Mais qui est prêt à cela ?

J’ai assisté, voici peu, à une conversation télévisée entre André Glucksmann et deux aboyeurs incarnant symétriquement la cécité de gauche française et la cécité de droite française. Chez l’un comme chez l’autre aboyeur, il y avait la même vision étriquée de l’économie, la même vision rance de la politique étrangère et de la mondialisation, le même cynisme, la même morgue, la même absence de principes éthiques. André Glucksmann désespère-t-il de ce pays ou préfère-t-il sourire ? Je lui demanderai à l’occasion.

Pour ce qui me concerne, j’ai passé le stade du désespoir. J’aurai fait ce que j’ai pu. Je puis, heureusement, partir souvent vers un pays moins détraqué, et y vivre plus librement. Il est des pays où les dirigeants politiques se préoccupent de la possibilité pour les gens de quêter librement le bonheur et où il existe nombre d’intellectuels préoccupés par la liberté humaine. Il en est d’autres où il semble que l’immense majorité des dirigeants politiques réfléchissent aux moyens de broyer la liberté des gens aux fins de servir on ne sait quelles dogmes et où la grande majorité des intellectuels semblent pratiquer une forme ou une autre d’onanisme cérébral.
Ai-je besoin de dire dans quelle catégorie je classe la France ? Dois-je dire que je n’ai pas voté aux élections municipales ?

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En bref
libertaire
«Il y a aujourd’hui dans les jeunesses occidentales un désir libertaire que je trouve très sympathique.»
François Léotard

SIC
Turquie «Je n’ai pas changé d’avis : la Turquie n’a pas sa place en Europe !»
Nicolas Sarkozy

incognito «Selon les sondages, à peu près la moitié des Français ne me connaît pas…»
Hervé Morin,
ministre de la Défense

culture «Sarkozy a besoin de se réconcilier avec les cultivés.»
Xavier Darcos,
ministre de l’Éducation

ridicule «La danse du ventre devant le Modem à laquelle se livrent un certain nombre de dirigeants de l’UMP est ridicule et totalement inefficace !»
François Sauvadet,
député du Nouveau Centre

socialisme «M. Hollande et ses amis tentent de dissimuler une gestion calamiteuse et dépensière, qui est le vrai visage du socialisme local !»
Patrick Devedjian,
secrétaire général de l’UMP

patrons «Contrairement à ce qu’on peut lire parfois, les patrons français sont moins bien payés que leurs homologues américains bien sûr, mais aussi anglais, allemands et espagnols…»
Claude Bébéar,
ancien président d’Axa

immigration «Vu l’immense nombre d’immigrants du tiers-monde vivant maintenant en Europe, s’il y a un effondrement économique, celle-ci connaîtra probablement, comme en Union Soviétique à la fin, tellement d’affrontements ethniques que cela donne le vertige !»
Vladimir Bukovsky,
ancien dissident soviétique




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