Bonnal Nicolas - mercredi 04 octobre 2006
Nous sommes à quelques mois de la présidentielle et la gauche ne cesse de dire que l’on ne reverra pas la situation du 21 avril 2002, lorsque le chouchou des médias d’alors, Lionel Jospin, s’était fait devancer au premier tour par le président du Front National, bien aidé par le souverainiste Jean-Pierre Chevènement. Cinq ans plus tard, je pense que nous ne sommes pas prêts de revoir une situation similaire. Même si je suis en désaccord avec presque tous mes amis de droite, convaincu d’un bon score de Le Pen en 2007, j’en donne les raisons.
La première est que la situation économique et financière est meilleure. La croissance revient, le chômage baisse un peu. Il y a eu, du fait du développement de la bulle immobilière en France (et dans le reste de l’Europe et du monde) un effet richesse qui se voit dans la rue (surtout pour moi qui ne vis plus ici depuis des années). Des villes sinistrées comme Marseille, Toulon ou Saint-Étienne, et que l’on bradait à deux mille francs du mètre se retrouvent à deux ou trois mille euros quelques années plus tard. Bien qu’africanisé, le pourtour parisien a aussi beaucoup augmenté. L’économie est devenue spéculative, ici comme en Amérique du nord, et on laisse aux Asiatiques le soin de produire ce dont nous avons besoin.
Cela change bien sûr la donne de l’immigration. De plus en plus d’immigrés arrivent certes, mais surtout s’intègrent et participent d’une société de consommation globalisée où la France en tant que « certaine idée » ou « fille aînée de l’Église » n’a plus grand-chose à faire. L’hexagone a été occupé depuis Mitterrand, mais pas plus que l’Angleterre ou les États-Unis qui se coltinent maintenant cinquante millions de Latinos pas très bien intégrés. Cela n’empêche pas la machine de fonctionner, et les gens le sentent.
Les autochtones eux-mêmes ont changé. Les derniers restes de l’ancienne France ont, à mon sens, disparu, comme le commentait jusqu’à une date récente mon regretté Philippe Muray. Une néo-France est apparue avec de néo-vieux au bronzage UV et aux sandales fluos, de jeunes métrosexuels tatoués et musclés, des couples homos des deux sexes, des clones de Paris Hilton ou de Britney Spears, des sportifs obsessionnels et des technopunks décalés. Toute cette faune post-moderne s’est parfaitement adaptée au New Deal ambiant. Elle va voir à la télé les clandestins des Canaries avec amusement ou esprit humanitaire. Elle ne conteste plus un ordre social qui voit Bill Gates donner tout son argent aux Africains. Et elle se reconnaît dans le féminisme beauf de Ségolène Royal qui va achever la « pipolisation » du politique en Hexagonie.
L’ultime raison de cette extinction du lepénisme est la vanité de plus en plus établie d’un tel vote. De défaite en défaite, on se lasse. On a souvent critiqué, par ailleurs, l’intolérance de la fausse droite vis-à-vis du Front. Mais que se serait-il passé si le Front était passé ? À mon avis rien du tout. Le système de la globalisation ou de l’eurocratie est plus fort. J’en veux pour preuve les piètres résultats de Haider en Autriche ou de la Ligue lombarde et de Fini en Italie. J’ai revu le nord de l’Italie récemment, qui a pris sous le gouvernement Berlusconi des cours de rattrapage en matière d’africanisation ; tout comme l’Espagne d’Aznar avait fait venir, en dix ans, cinq millions d’immigrants latinos ou marocains. Espagne d’Aznar où j’ai vécu, qui avait aussi vu une déculturation du peuple espagnol, une montée impressionnante de l’homosexualité et du pacifisme post-historique sur fond de spéculation immobilière tranquille.
Le grand credo du lepénisme était une vision eschatologique. Je pense que la catastrophe a eu lieu, dans bien des domaines, et qu’elle s’est plutôt bien passée. Car les Français sont devenus « cools ».
L’effet richesse, les tranquillisants, le VTT et l’aérobic ont eu raison de leur angoisse : la situation est désespérée, mais elle n’est plus grave. Cela ruinera les espérances électorales du lepénisme. Je ne demande qu’à être démenti : Le Pen, c’était encore une envie d’Histoire.
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