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La France de 2011, vue par Karl Marx


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Bonnal Nicolas - lundi 06 juin 2011

fonctionnaires, liberalisme
En France, les siècles se suivent et se ressemblent. Du siècle des Lumières, nous avons gardé l’esprit de dérision et la curiosité superficielle (Montesquieu, Voltaire), le libertinage et le goût de la gesticulation imbécile (la révolution, les « drouadlom »). Du premier vingtième siècle, la radicalité idéologique et le vieillissement (la France va devenir un pays surpeuplé… en vieux, dont moi, comme au temps d’Aristide Briand) ; l’impossibilité clinique aussi à résoudre nos crises économiques, nos déficits, etc. ; Et du dix-neuvième siècle, tout le reste. Cela est lié essentiellement au second Empire, et à sa construction de la France moderne si bien décryptée par Marx ou par Flaubert, dans un autre registre. Je prendrai Marx comme éclaireur : suivez le guide. C’est peut-être un socialiste, mais il n’est pas le seul ! Et c’est surtout un bon observateur de nos sociétés dites « libérales »…

Sur le contrôle par l’Etat bonapartiste du pays : « C'est le triomphe complet et définitif du socialisme ! », disait le ministreGuizot, par ailleurs grand historien et penseur libéral (là par contre, on a changé : on n’a plus de ces ministres…). Pas libéral pour un sou, Marx note tout de même, à propos de l’omniprésence étatiste en France :

« Ce pouvoir exécutif, avec son immense organisation bureaucratique et militaire, avec son mécanisme étatique complexe et artificiel, son armée de fonctionnaires d'un demi-million d'hommes et son autre armée d'un demi-million de soldats, effroyable corps parasite. »

L’hyperprésidence est déjà là, car, ajoute Marx, « chaque intérêt commun est transformé en objet de l'activité gouvernementale »Et malheureusement,toutes« les révolutions politiques n'ont fait que perfectionner cette machine, au lieu de la briser ». On constate d’ailleurs que les partis qui luttent actuellement pour la prochaine présidentielle demandent encore plus de lois, de règlements, d’interférence de l’Etat, de protection des petits, etc. On a donc besoin de fonctionnaires, de toujours plus d’assistants et de protection. On comprend alors pourquoi le concours de facteur est le plus impressionnant de l’Europe de 2012 ; cent mille candidats ! Et à l’époque de l’Internet !

« La bureaucratie crée enfin une surpopulation sans travail qui, ne trouvant place ni à la campagne ni dans les villes, recherche, par conséquent »,les postes de fonctionnaires comme une sorte d'aumône respectable,« et en provoque la création ».

La dépression française (mon vieux maître Jean-Marie Domenach me parlait de  bovarysation, et Bovary est contemporain de Louis-Napoléon) a donc de quoi tenir ; et j’en parlais ici-même sans avoir relu ces lignes remarquables : « C'est ce qui explique le morne désespoir, l'effroyable sentiment dedécouragement et d'humiliationqui oppresse la poitrine de la France et entrave sa respiration. Elle se sent comme déshonorée. »

Comme Tocqueville, qu’il cite souvent, Marx remarque la liquidation de la nation par la société moderne (pardon, camarades, bourgeoise !) : il se base sur la population du paysan parcellaire, encore présente à l’époque, mais qui ressemble tant à l’individu isolé des romans de Houellebecq : « Les paysans parcellaires constituent une masse énorme... Leur mode de production les isole les uns des autres, au lieu de les amener à des relations réciproques… Ainsi, la grande masse de la nation française est constituée par une simple addition de grandeurs de même nom… »

De là vient le mécontentement politique, vis-à-vis des partis notamment : « il n’y a aucune communauté, aucune liaison nationale ni aucune organisation politique, et les Français ne peuvent se représenter eux-mêmes, ils doivent être représentés. »

Ecrasés par l’interventionnisme de l’Etat, les Français le sont aussi par l’immobilier et l’hypothèque ! Et Marx de renchérir : « La dette hypothécaire pesant sur le sol impose à la paysannerie française une redevance aussi considérable que l'intérêt annuel de toute la dette publique de l'Angleterre. La propriété parcellaire a transformé la masse de la nation française en troglodyte. »

Il y a vingt ans, notre ami Alain Madelin annonçait le moment glorieux où les autruches relèveraient la tête : on attend impatiemment le moment où les troglodytes sortiront de leur trou ! On espère surtout que les « masses » deviendront « intelligentes », c’est-à-dire un peu plus nationales et libérales ; sinon notre sympathique ludion bonapartiste (même sa diplomatie est anglo-saxonne !) Nicolas Sarkozy sera réélu dans un fauteuil… de président !


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