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La France de Chirac: 26 ans de retard sur la Grande-Bretagne


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Dumait Alain - dimanche 22 mai 2005


En démocratie, obtenir, à la fin d’un mandat, le renouvellement de la confiance des électeurs à l’occasion d’élections générales, n’est jamais facile pour un chef de l’exécutif. En France, aucun leader ne peut se targuer d’une telle réussite depuis trente ans! C’est donc un véritable exploit pour Tony Blair d’avoir emmené à la victoire son parti, le New Labour, pour la troisième fois consécutive!

L’exploit électoral de Tony Blair


Pourtant, le Premier ministre britannique avait un handicap de taille: son soutien sans faille à la politique de George Bush en Irak, même après que l’argument des armes de destruction massives, soi-disant détenues par le dictateur Saddam Hussein, se soit révélé un simple bobard, aujourd’hui reconnu officiellement comme tel par l’administration américaine. Or, les Britanniques, comme tout le monde, n’aiment pas qu’on leur mente! Et, de toute façon, sont aussi résolument pacifistes…
Le résultat des élections législatives anglaises du jeudi 5 mai est donc, en fait, un “super-exploit”, même si, en voix, la majorité du Premier ministre n’est que très relative et qu’elle est en net déclin en nombre de sièges à la Chambre des Communes…
L’explication de ce résultat exceptionnel est tout entière dans l’insolente santé économique de notre voisin britannique et ce, quel que soit le cadran du tableau de bord observé! Le plus spectaculaire étant celui du chômage qui, là-bas, n’est plus que “frictionnel”, si bien qu’on peut, en Grande-Bretagne, parler de situation de plein emploi.
L’origine de ces brillants résultats économiques est bien connue. Elle tient à une politique de déreglementation, d’allègements des charges qui pèsent sur les entreprises et sur le capital, d’abandon des réflexes bureaucratiques pour prétendument “sauver les emplois”…
Bref, la réussite anglaise tient à l’attachement du peuple et des gouvernants aux libertés économiques!

Les Français ne sont pas allergiques au libéralisme!
Les recettes britanniques n’étant pas  brevetées sont évidemment à la portée de tout le monde – Jacques Chirac compris! Qu’il les transpose de ce côté-ci de la Manche, et il est assuré, lui ou sa majorité, d’être réélu! Ce qui est l’unique ambition du chef de l’État, comme de tous ses semblables…
Pourquoi donc ne le fait-il pas? À deux reprises, à l’occasion du débat sur l’adoption du projet de Constitution européenne, à la télévision, il en a lui-même donné la raison: “Les Français ne supporteraient pas, a-t-il dit, l’application des recettes britanniques!”
On peut affirmer que c’est faux! En tout cas, les jeunes de moins de 35 ans, les plus touchés par le chômage, se disent, selon un sondage récent, prêts à aller travailler en Grande-Bretagne dans la proportion de 70%. Et on ne voit pas que les citoyens d’un pays aient jamais préféré la misère à la prospérité!…
En France, la politique est toute sémantique. Quand Jacques Chirac dit “les Français”, il veut dire en fait les syndicats qui, selon lui, les représentent et qu’il qualifie même, à la première occasion, de “forces vives de la nation”. On croit rêver, mais c’est ainsi.
Il n’est pas possible de penser que le Président de la République n’ait aucune once de lucidité. Il fait sans doute l’analyse qu’on ne peut faire sauter le verrou syndical des blocages de la société française. Dans ces conditions, autant magnifier nos preneurs d’otages quotidiens. Une sorte de syndrome de Stockholm…
Soyons justes: Tony Blair, le pragmatique socialiste, a eu le grand mérite d’admettre qu’une bonne politique économique est simplement une politique qui marche. Mais, quand il est arrivé au pouvoir en mai 1997, le verrou syndical anglais avait déjà été dynamité par une dame de fer, nommée Margaret Thatcher, arrivée au pouvoir en 1979 après la quasi-banqueroute des travaillistes de la vieille école.
Ce n’est donc pas tant de M. Blair que de Mme Thatcher que Chirac devrait s’inspirer.
Vous voyez ça ?! …


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