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La France engluée dans le piège afghan


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Courrier - dimanche 06 décembre 2009

afghanistan

Un mois après les attentats de septembre 2001 l’aviation américaine lançait avec succès l’opération « Enduring Freedom » en bombardant l’Afghanistan. Et en janvier 2004, le secrétaire d'Etat américain à la Défense, Donald Rumsfeld, annonçait triomphalement que le règne des Talibans et d'al Qaïda touchait à sa fin.

Pourtant, huit ans plus tard, non seulement les 100 000 soldats de l'OTAN sont enlisés dans le bourbier afghan, mais les Occidentaux envisagent un renforcement massif des effectifs.

A l’heure où la nouvelle administration Obama a confirmé l’envoi de 30 000 soldats supplémentaires, quel bilan peut on dresser de ces huit années de guerre « pour la démocratie et la liberté du peuple afghan » ?

Le pouvoir central du président Karzaï, marionnette de plus en plus contestée et réélue en 2009 avec une fraude massive, ne contrôle même plus Kaboul ni Kandahar, où les attaques terroristes se banalisent.

L'insécurité a gagné l’ensemble des provinces et les Talibans, assurés de l’impunité en se réfugiant dans les zones tribales du Pakistan, sont revenus en force après avoir retrouvé toutes leurs capacités militaires, grâce notamment à l’argent de la drogue. Les attentats suicides et les enlèvements sont devenus la norme et les victimes civiles et militaires sont de plus en plus nombreuses.

La coalition occidentale de 37 pays menée par les Etats-Unis, l’ISAF, compte déjà près de 1500 morts sans avoir obtenu le moindre succès sur le terrain. L’insurrection gagne l’ensemble du pays et les pertes occidentales en 2009 sont les plus sévères enregistrées en huit ans de guerre.

Une situation qui se détériore de jour en jour

L’économie, totalement déstructurée, repose essentiellement sur la culture du pavot, faisant de l'Afghanistan le premier fournisseur d'opium de la planète sous le contrôle des Seigneurs de la guerre des tribus pachtounes, qui s'adonnent à de juteux trafics et jouent en permanence le double jeu entre les Talibans et les Occidentaux.*

Les milices, plus puissantes que la squelettique armée afghane, peu motivée, se livrent à des exactions et à des actes de torture en toute impunité.

Les droits des femmes sont inexistants et la loi coranique s’est de nouveau imposée avec ses châtiments barbares. Les filles qui s’acharnent à fréquenter l’école sont vitriolées et les femmes sont martyrisées au point que les suicides par le feu se multiplient.

Le programme de reconstruction de la Banque mondiale piétine dans un climat de violence, d'insécurité et de corruption généralisée. Les ONG, victimes de racket et d’enlèvements, travaillent dans des conditions épouvantables et quittent une à une le pays.

Tout empire de jour en jour, malgré les communiqués officiels qui se veulent rassurants. Les généraux sur le terrain n’hésitent pas à dire que cette guerre est ingagnable. Peut être était-il possible de la gagner en 2001, en prolongeant aussitôt les bombardements par une offensive terrestre conjointe avec l’armée pakistanaise, afin de traquer Ben Laden jusque dans sa tanière des zones tribales du Pakistan. Mais l’occasion est passée.

Le Pakistan est au bord de l’implosion, des pans entiers du pays sont sous le contrôle des chefs talibans, avec certains desquels l’armée et les services secrets pakistanais pratiquent un jeu trouble.

Quels intérêts la France sert-elle en Afghanistan ?

Dans ces conditions, pourquoi s’obstiner ? Peut on instaurer la démocratie dans un  pays qui n’en veut pas ?

Peut-on croire que la guerre contre le terrorisme passe par Bagdad et Kaboul, alors que l’écrasante supériorité technologique occidentale est tenue en échec depuis des années par quelques bandes de fanatiques ?

Peut on sérieusement espérer transmettre le flambeau à l’armée et à la police afghanes, corrompues et infiltrées ?

Trente de nos soldats sont déjà morts, certains atrocement suppliciés par les Talibans. Notre allégeance à Washington vaut-elle ces sacrifices inutiles ? Ou sommes nous là bas pour atteindre d’autres objectifs ?

Y sommes-nous pour aider les Etats-Unis à sécuriser leurs approvisionnements énergétiques à long terme en installant des bases en Irak et en Afghanistan afin de s’assurer le contrôle des réserves de pétrole du Moyen Orient ?

Ou pour défendre les intérêts de multinationales du pétrole qui rêvent d'un oléoduc protégé à travers le sud afghan pour pomper le pétrole et le gaz d'Asie centrale ?

Quels que soient les véritables motifs de ces deux guerres prétendument « libératrices », il n’est pas évident que nos intérêts vitaux coïncident avec ceux de nos alliés américains, ni certain que nos soldats aient vocation à mourir pour le pétrole d'Ouzbékistan ou du Turkménistan.

Jacques Guillemain

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