Lambert Christian - dimanche 05 février 2006
Le seuil de l’année nouvelle incite à faire un tri entre promesses et discours, dont nous sommes abreuvés chaque jour. Il faut les opposer à la réalité quotidienne, c’est-à-dire un chômage qui reste l’un des plus élevés parmi les pays industrialisés, une insécurité qui tourne à l’émeute et à l’attaque des trains comme dans le Far West américain au xixe siècle, une immigration déferlante et, par conséquent, un état de banqueroute national malgré une fiscalité écrasante.
Cette situation calamiteuse est parfaitement connue et dans le détail. Des auteurs d’une grande rigueur intellectuelle en ont publié l’analyse. Je citerai Jean-François Revel de l’Académie Française, Thierry Desjardins, ancien rédacteur en chef au Figaro, Nicolas Baverez dans « la France qui tombe », le professeur Jacques Marseille et tout dernièrement Nicolas Lecaussin dans « Cet État qui tue la France ». On peut citer aussi le très sérieux rapport annuel de la Cour des Comptes, remis solennellement au Chef de l’État, et qui va aussitôt aux oubliettes.
Donc rien ne bouge, sauf une aggravation continue de la situation. Pourquoi cela ? Parce que les institutions françaises façonnées par le général de Gaulle et pour le général de Gaulle donnent tous les pouvoirs au Président de la République. Le Premier ministre n’est que son directeur de cabinet, les ministres des exécutants étroitement surveillés par les collaborateurs du Président. Les parlementaires sont aux ordres, eux aussi. Sans doute ont-ils la possibilité de prendre des initiatives contraires aux directives reçues, mais dans un tel cas, ils s’exposent à ne plus recevoir l’investiture de leur parti ; or le mandat parlementaire est très lucratif. On y regarde donc à deux fois avant de se rebeller. Obéir est plus simple et plus rentable.
Il est vrai que des élus du Front National, eux, se feraient entendre, mais c’est précisément pour cette raison que le pouvoir successif de gauche comme de droite a fait en sorte que les millions d’électeurs du Front National ne soient pas représentés au Parlement, ce qui est tout à fait contraire à la démocratie dont on nous vante pourtant les mérites à longueur de journée.
Chez les fonctionnaires, c’est pire encore, surtout les hauts fonctionnaires qui, sauf de rares exceptions, sont des courtisans. Ils font penser aux mandarins solennels, compassés et suffisants de la dynastie finissante des Quings qui croyaient que la Chine était la plus grande puissance du monde alors qu’à l’aube du xxe siècle l’Empire du milieu s’effondrait. Tel est le mécanisme fondamental de la machine étatique française à droite comme à gauche.
Donc, le chef de l’État qui a à son service l’appareil d’État, ce qui n’est pas rien, surveille tout, sait tout, fait tout. Il promet tout à tout le monde, réformes et baisses d’impôts que des commissions étudieront et dont les membres éminents rédigeront des rapports qui généralement font double emploi avec ceux qui viennent d’être élaborés. Bref, le Président n’a qu’un seul objectif : sa réélection. Dans cette perspective, il n’a affaire qu’à un seul contre-pouvoir, celui des syndicats, plus précisément la CGT communiste. Aussi bien, on donnera toujours raison à la rue. Pas de vagues. Ainsi, très logiquement la France est-elle devenue une nation démagogique, semi-communiste.
L’aboutissement en est la ruine et l’anarchie comme on peut le constater chaque jour : 50 véhicules en moyenne incendiés toutes les nuits sur l’ensemble du territoire national, 110 pour fêter Noël, et pour la Saint Sylvestre 446 contre 333 l’an dernier, ce qui est, assurent les milieux officiels, un succès exceptionnel. La méthode Coué de la propagande atteint là les espaces infinis qui effrayaient Pascal. Disons plus simplement que le comble de la bêtise étant dépassé, la parole de l’État n’a plus de crédit. Il faut ajouter à ce désastreux bilan, 1 600 agressions avec armes en 2005 dans les lycées et collèges y compris l’agression d’une jeune femme professeur poignardée devant la classe et à sept reprises par un élève d’origine « subsaharienne », plus 23 000 autres agressions déclarées, avec, pour couronner le tout, une liberté d’expression de plus en plus limitée.
La conclusion d’impose : les institutions de la France exigent, pour que le pays soit bien et sérieusement gouverné, un chef d’État doté de grandes qualités, tant ses pouvoirs sont considérables. Les Etats-Unis ont eu Donald Reagan, la Grande-Bretagne, Margaret Thatcher, l’Allemagne, Helmut Kohl. Et nous, depuis 25 ans ? Tous, hélas, connaissent la réponse. ........................................ Breves : En 2004, la Justice a rendu 1 237 360 décisions en matière pénale (dont 3 264 condamnations pour des crimes) et 2 614 673 en matière civile et commerciale.
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