Milliere Guy - dimanche 21 novembre 2004
L’accueil d’Arafat moribond en France m’a profondément choqué. On a parlé de raisons humanitaires et de traditions d’hospitalité. Mais la France est sans doute le dernier pays du monde occidental où l’on a pu penser qu’Arafat, tout au long de sa sordide carrière, était porteur d’humanité, lui chef suprême d’une organisation terroriste et inventeur du terrorisme moderne. La France est également le dernier pays occidental à envisager de donner « l’hospitalité » à ce genre de personnage. Le fait que Chirac et Barnier aient parlé d’amitié, une ultime fois, avec un « président légitimement élu » passe les bornes. Jusqu’où la « politique arabe » de la France mènera-t-elle nos dirigeants ? Quand je pensais que nous touchions le fond, la situation est devenue carrément répugnante. Diverses sources indiquent en effet qu’Arafat est mort depuis le 4 novembre : non pas « cérébralement mort », mais mort tout court, et que même les machines les plus sophistiquées ne peuvent empêcher la décomposition de son cadavre. Nous n’en avons pas moins assisté ces derniers jours à un défilé de médecins prononçant des communiqués laconiques et faux, d’hommes politiques procédant à des déclarations tout aussi laconiques et fausses, sans parler des imprécations de Suha, la veuve fortunée et colérique, et de Leila Shahid, la propagandiste en chef pour la France. Le cadavre a attiré aussi, sur l’extrême fin, divers vautours de l’Autorité Palestinienne qui ont défilé à l’hôpital Percy… Ce qui s’est joué alors n’a pas été la négociation autour de l’enterrement. Cela n’a pas été surtout la gestion des risques impliqués par le « deuil collectif » des « foules palestiniennes », non… Ce fut le problème de l’argent. On commence à peine à parler des centaines de millions de dollars détournés par Arafat et placés sur des comptes en banque répartis sur toute la planète : nous sommes pourtant au cœur de l’un des plus grands détournements de fonds et de l’un des plus grands réseaux de corruption des temps moderne.
La politique arabe de la France
Nous sommes face à un homme mort qui a tué ou fait tuer des milliers d’autres êtres humains, qui a condamné des populations entières à la famine et au fanatisme ; face à une femme qui a tout fait pour garder une bonne partie du magot pour elle et sa fille ; et face à une clique qui entend récupérer autant d’argent que possible pour continuer les activités criminelles du défunt. Et cela ne s’est pas passé en Sicile, avec la maffia, mais en France ! Grâce à Chirac, sous son regard et sous sa supervision ! Ce sera « bon » pour l’image de Chirac dans le monde arabe et chez les islamistes : on a brandi à Gaza les portraits de notre Président, comme on brandissait voici peu ceux du glorieux Saddam. Le jour de l’enterrement dans la cour du bunker de Ramallah, on a vu des drapeaux français. Pouvons-nous tomber plus bas ? En tout cas, à la mauvaise nouvelle qu’a constitué la réélection de Bush pour le gouvernement français succède une nouvelle encombrante pour le gouvernement français. La France souhaitait un État palestinien pour mener plus loin sa lutte contre Israël. Et elle souhaitait un État palestinien bien véreux pour faire de « bonnes affaires ». Il est vraisemblable qu’elle n’aura jamais l’État palestinien dont elle rêvait. Elle a soutenu Arafat jusqu’au bout. Arafat n’est plus là. Et aucun des membres de la clique d’Arafat ne disposera vraisemblablement de tous les comptes en banque et de toutes les capacités de manœuvre de son prédécesseur ; aucun n’aura la légitimité pour fédérer autour de lui. Le plus vraisemblable est que les clans vont s’entre-déchirer sitôt passées les funérailles. Il n’y aura aucun interlocuteur avec qui parler de paix et, si des pourparlers s’enclenchent, ils finiront vite dans l’impasse. Il n’y aura pas même de guerre civile, mais une décomposition, un éclatement, des conflits de clans. Arafat avait été mis en place par ses maîtres soviétiques, islamiques et nassériens pour créer le peuple palestinien et l’incarner tout en étant son pire bourreau. On peut penser que la création va mourir avec lui, juste plus lentement que lui. Israël se séparera de ce bouillon de culture, et plus tard, dans le cadre de la remise en ordre du Proche-Orient qui se profile, quelqu’un remettra de l’ordre en Cisjordanie et à Gaza. Ce ne sera pas la France, elle qui a tant fait pour le désordre.
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