Sadot Philippe - dimanche 25 septembre 2005
Valéry Giscard d’Estaing disait que « les Français n’aiment pas les réformes, mais les révolutions »; les Anglais, avant l’Entente cordiale, clamaient haut et fort que « La France est belle, dommage qu’il y ait les Français »… De ces deux réflexions, chacun tirera la sienne, mais ce que l’on peut percevoir, c’est le peu d’attention que nous portons à notre compatriote, et le peu d’intérêt que nous portons à la nation. Il a fallu notre victoire en Coupe du monde de football pour voir apparaître un semblant de patriotisme. Vite occulté et peu développé par nos médias, qui ne se sont pas aperçus que, lors du défilé des Onze sur les Champs Élysées, flottaient au côté du drapeau tricolore, autant de drapeaux algériens, marocains ! Bref, cette France « Black, Blanc, Beur », que chaque bon Français doit désormais chérir comme la prunelle de ses yeux. Cette constatation est symbolique du conformisme dans lequel nous évoluons depuis des dizaines d’années, et qui peut être un frein à l’entente entre Français. Se disant démocratique et tolérante, notre République sélectionne cependant ses bons Français, et malheur à ceux qui ne sont pas dans son moule républicain : les Français ont inventé pour cela le formatage historique. Quand nous ouvrons les manuels scolaires, que nous regardons de plus près nos rues, quand nous écoutons nos penseurs autorisés, nous pouvons avoir le sentiment que la France date de 1789, avec des parenthèses, pour renaître entre 1848 et 1851, et s’épanouir enfin en 1871, avec un bref sommeil de 1940 à 1944 : sans République point de France ! Quand une nation occulte de cette façon son passé, elle contribue à briser un sentiment d’appartenance à un même peuple au profit d’un concept, plus fragile. Quatre grandes fractures ont marqué notre Histoire, et elles ont toutes été rattrapées par notre formatage républicain. La première date des Guerres de religion, qui aboutirent pour la première fois à un régicide dans notre histoire avec le meurtre du Roi Henri III, la personne royale est désormais désacralisée au profit d’une idéologie religieuse. Mais, malgré les massacres, Henri IV par l’Édit de Nantes va tenter de rassembler les Français en accordant la tolérance religieuse aux vaincus protestants. Actuellement, il est bon de damner les Valois, symbolisant l’obscurantisme monarcho-catholique face aux progressistes protestants. Le second schisme fut la Révolution française de 1789. Malheur à celui qui se plaint des exactions des armées républicaines en Vendée face aux fanatiques et illettrés paysans conduits par des nobles avides de pouvoir et de richesses! La France ne reconnaît pas l’œuvre de ses souverains qui ont fait le pays, tout au long de mille ans d’Histoire, entre des peuples aux langues et mœurs différentes pour finalement les intégrer. Ceux se targuant d‘être actuellement monarchistes sont affublés de fascistes, notion aux antipodes du monarchisme: la Terreur de Robespierre fut plus proche de la terreur stalinienne que le règne de Louis XIV du despotisme communiste ou nazi! La troisième fracture correspond à l’Entre-deux-guerres qui va aboutir à la Seconde guerre mondiale, et sa scission au sein de la société française. Lionel Jopin n’a pas hésité à octroyer la carte de combattant aux partisans des Brigades internationales de la Guerre d’Espagne. Qu’aurait été la réaction si un responsable politique avait osé la donner à aux combattants de la Légion française contre le bolchevisme ? Y aurait-il donc des bons Français dont l’Histoire a fait qu’ils étaient, au final, dans le bon camp ? Enfin, et la plus proche de nous est le drame algérien de 1954 à 1962. Tous les partisans de l’Algérie française sont d’affreux fascistes, racistes… Alors que la plupart d’entre eux étaient de petits prolétaires souvent socialisants, et que d’autres, membres de l’OAS étaient d’authentiques résistants durant la Seconde guerre mondiale. Alors que la mode est au repentir, on voit que notre pays a choisi ses bons Français : ceux qui sont conformes à son idéologie. Nous sommes loin des États-Unis qui honorent aussi bien les morts de la Confédération que ceux de l’Union. Une nation ne doit, certes, pas oublier son passé, mais l’assumer. Gommer une part de son histoire et ses acteurs est aussi une forme de négationisme. Nier son passé, c’est aussi nier ses anciens, donc nous-mêmes.
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