Milliere Guy - jeudi 29 avril 2010
sarkozy
Lors d’une récente émission de télévision, j’ai eu l’opportunité de débattre avec Guy Sorman que, par ailleurs, je respecte beaucoup. Nous sommes l’un et l’autre libéraux. Un désaccord nous a néanmoins séparés, sur un point essentiel : comment réformer la France, si tant est qu’elle soit réformable, et comment lui donner la possibilité (si celle-ci existe encore) de retrouver du dynamisme ?
Guy Sorman partait du point de vue que le gouvernement actuel va dans la bonne direction et fait le nécessaire. J’avais une position inverse. Je ne puis méconnaître qu’un certain nombre de réformes voulues par Nicolas Sarkozy sont allées (un peu) dans la bonne direction : ainsi le bouclier fiscal ou la réforme des universités.
Je ne méconnais pas qu’en politique étrangère, Nicolas Sarkozy a adopté, parfois, des positions dotées d’une relative clairvoyance : dans le dossier iranien, par exemple.
Je m’en tiens néanmoins au verdict que j’ai rendu au moment des élections régionales. Pourquoi ? Tout simplement parce que ne rien faire (comme Chirac) est parfois préférable à faire les choses à doses tellement minimes qu’il en reste, dans l’opinion, l’impression que rien n’a été fait, et que la direction adoptée pour les réformes n’a donné aucun résultat probant.
Et aussi parce que les quelques décisions prises ont été contrebalancées par une telle accumulation de décisions désordonnées et erratiques, destinées à plaire à tous les électorats les uns après les autres, que cela en devient consternant.
Une « rupture » digne de ce nom aurait impliqué une baisse radicale de la fiscalité et des charges. Elle aurait impliqué une véritable libération de l’esprit d’entreprise et une vaste déréglementation, et pas ce qui a été fait – en particulier pas la nouvelle « politique industrielle ».
La rupture aurait supposé de remettre le droit à sa place en établissant une vraie présomption d’innocence et en sortant du système juridique inquisitoire dans lequel nous sommes, pour passer à un système accusatoire, et pas l’homéopathique réforme de la justice présentement discutée.
La rupture aurait supposé d’en finir avec le malthusianisme écologiste plutôt que de proposer une inepte taxe carbone avant d’y renoncer.
La rupture aurait impliqué une réforme des retraites qui ne soit pas un simple rafistolage et une tentative de préserver un système présentant des similitudes avec celui qui a valu à Bernard Madoff d’être condamné à la prison pour escroquerie.
Elle aurait impliqué un discours de vérité sur la situation de la France (catastrophique) dès le début et une explication d’ensemble des enjeux de la mondialisation.
La politique étrangère aurait pu ressembler à quelque chose si les positions fermes vis-à-vis de l’Iran n’étaient allées de pair avec des éléments ressemblant à la politique arabe de la France, tels l’invitation de Mouammar Khadafi ou celle de Bachar El Assad à Paris.
J’aimerais ne pas trouver le bilan de Nicolas Sarkozy plus que nul : je le trouve ultra-nul, et de nature à faire passer un candidat socialiste lors de l’élection présidentielle prochaine.
De toute façon, entre un socialiste autoritaire et sans ligne directrice tel que Nicolas Sarkozy et un socialiste moins autoritaire et avec une ligne directrice, il devient difficile de choisir. Si j’ai le choix entre la peste et le choléra, je ne choisis pas et je me retire.
Ce débat télévisé m’a donné l’occasion de rencontrer Patrick Sébastien et j’ai trouvé chez lui des accents de sincérité et la traduction du réel désarroi qui existe chez des millions de gens. Le pays va très mal.
Et il me semble significatif que ce soit un saltimbanque venu des couches populaires qui le dise, en rompant avec des discours politiques factices que des millions de gens n’écoutent plus parce qu’ils en ont assez qu’on leur parle de manière mensongère et manipulatrice.
Ce genre de débat peut exister grâce à des gens ouverts tels que Frédéric Taddei, qui est l’un des seuls, peut-être le seul, à faire exister encore aujourd’hui, de temps à autre, une parole libre. C’est aussi de cela que meurt ce pays. Quand, à la facticité des discours politiques, s’ajoute la facticité des débats, il ne reste vraiment rien. Sinon le désespoir et l’agonie. Nous en sommes là ? Oui, je le crains. Nous en sommes là.
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FRANCE-ISRAEL
Alliance Général Kœnig
Obama, Israël
et la recomposition du Proche-Orient
Conférence-débat par
Guy Millière
maître de conférences à l'Université Paris-8
spécialiste des États-Unis
et membre du Comité Directeur de France-Israël
Il présentera et dédicacera son ouvrage
La Septième dimension
Le nouveau visage du monde : après la crise,
Cheminements, 2009
Jeudi 6 mai 2010 à 20h30
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