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Baudouin Pierre - mardi 15 septembre 2009

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La France subit, ces derniers temps, une remarquable poussée à gauche. Sur tous les fronts idéologiques, législatifs et même électoraux, la droite recule. Et la gauche, malgré la débâcle électorale qu’elle a subie en 2007, est de nouveau l’arbitre des élégances.
Quelques exemples de ces reculs suffiront à éclairer ce que je veux dire. Au plan idéologique, on ne peut même pas parler de recul ; la droite, en France, n’a jamais repris l’offensive. Les polémiques grotesques sur Hortefeux ou Girot de Langlade témoignent amplement du fait que l’UMP ne peut pas, ou ne veut pas, répondre à la gauche sur l’immigration.

Ce qui entraîne mécaniquement des échecs législatifs cuisants. Après s’être fait copieusement insulter par la caste politico-médiatique, l’UMP vient de reculer sur les tests ADN pour les nouveaux immigrés. Je ne suis pas sûr que ces tests étaient une bonne idée ; je ne suis pas certain, en particulier, qu’ils étaient pratiquement envisageables ; mais je suis bien sûr, au moins, qu’il n’était pas utile d’aller au casse-pipe si c’était pour capituler en rase campagne quand plus personne ne s’opposait au projet !

Enfin, cela entraîne des conséquences électorales. Carcassonne vient de basculer à gauche à la faveur d’une élection partielle. Et les régionales s’annoncent aussi mal que possible. D’autant plus que le chef de l’État et le Premier ministre ont chaudement découragé quelques-uns des candidats les plus sérieux de se présenter, en édictant (pourquoi maintenant ?) une règle de non-cumul bafouée depuis des années. Hubert Falco hésite de plus en plus à se lancer en Provence Alpes Côte d’Azur, région pourtant récupérable par la droite. Il rejoindrait ainsi Alain Lambert qui vient de renoncer à diriger la liste en Basse-Normandie. Seule la bérézina de 2004 risque de maquiller la probable défaite de 2010 en semi-victoire !

Comment en est-on arrivé à ce résultat catastrophique ? C’est bien simple : la droite est une nouvelle fois partie sans programme. Ou, plus exactement, elle est partie avec un programme tellement compliqué et illisible qu’elle aurait aussi bien pu ne pas en avoir. D’ailleurs, il est bien connu que les programmes n’ont aucun intérêt pour les élus de la droite française. C’est ainsi que Nicolas Sarkozy a pu être élu sur un programme promettant, entre autres, d’élargir les possibilités d’accès au crédit (c’était l’époque où les gens « dans le vent » disaient que la France souffrait de ne pas avoir de crédits dans le style des subprimes !…), avant d’appliquer une politique exactement contraire.

Bien sûr, je me réjouis que la politique ait été contraire, car le programme n’était pas raisonnable. Mais comment faire confiance à quelqu’un qui ne sait pas ce qu’il dit ?

Pour gagner, la droite doit être unie, et unie sur ses valeurs. Naturellement, il y a de fortes différences entre un gaulliste et un libéral, entre un « populiste » et un européiste, mais il est évident que l’on pourrait aisément se retrouver tous sur 4 ou 5 points stratégiques, nous démarquant de la gauche.

On pourrait ainsi s’entendre sur la cessation immédiate du regroupement familial, la fin des allocations sociales accordées aux étrangers, une diminution drastique des impôts (et corollairement de toutes les subventions remplacées par une défiscalisation), une reprise en main progressive des banlieues insurgées…

Alors que l’on fait des sondages sur tout et n’importe quoi, est-il vraiment difficile de savoir quels sont les sujets prioritaires pour les différents électeurs de droite ?

Une fois ce programme fixé, on me demande parfois : comment l’appliquer ? Il y aurait des résistances de la rue, des syndicats, des fonctionnaires…

Certes, mais une majorité élue pour appliquer un programme simple et lisible aurait un énorme avantage sur une personne qui, comme Nicolas Sarkozy en 2007 ou Jacques Chirac en 2002 et 1995, a été élue en prononçant des discours abscons, en faisant des promesses contradictoires et en manifestant sans retenue que « les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ».

Il est encore possible que la droite gagne en 2012. D’autant plus que la gauche n’est pas en bon état non plus. Mais pour qu’une victoire de la droite ne soit pas une victoire par défaut, comme celles de 2007 et de 2002, il est urgent de définir ce qu’est la droite.
Toutes les opérations de communication, dans lesquelles le Président excelle, n’ont d’autre intérêt que d’assurer le succès des idées de droite. Encore faut-il vouloir ce succès !

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