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La Grèce montre la voie…


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Lambert Christian - jeudi 04 mars 2010

dette
À plusieurs reprises dans ces colonnes, traitant de l’Europe, j’ai souligné son hétérogénéité. L’Union européenne avec ses 27 pays membres n’est ni unie, ni cohérente. Elle n’a pas de monnaie vraiment commune, la zone euro ne comptant que 16 membres. Cette union hétéroclite comprend quelques pays sérieux dont l’Allemagne et, dans une certaine mesure, les pays scandinaves (dont la Finlande, le pays le plus honnête de l’UE, mais aussi l’un des plus dépensiers avec la France).

D’autres ne sont pas du tout sérieux, comme les pays de l’Est. D’autres posent des problèmes comme les pays du « Club Méd », appelés aussi « cueilleurs d’olive » : l’Italie, l’Espagne, le Portugal, Chypre, Malte et la vedette du jour, la Grèce. Un mot cependant en faveur de l’Italie qui, avec la Ligue du Nord et ses 4 ministres au gouvernement, commence à comprendre les dangers de l’immigration, mais, hélas, au plan financier, c’est pire qu’en France. La dette publique est à 120 % du PIB, les Italiens n’étant pas plus rigoureux que les Français. Sur les autres membres de l’UE, on s’interroge en constatant qu’en Europe, deux pays se portent mieux que les autres, la Norvège et la Suisse, qui, elles, ne font pas partie de l’Union et s’en félicitent.

Mais arrêtons-nous à la Grèce, dont le triste état des finances et de façon générale, de sa gouvernance, font trembler la sphère financière de notre planète.

« L’État grec est exsangue, ruiné, en quenouille… Le berceau de l’Europe doit faire la manche à Bruxelles » écrit François Hauter dans le Figaro du 11 février. En d’autres termes, c’est le bazar complet. La retraite est à 61 ans, mais pratiquement tous ceux qui veulent la prendre à 55 ans, voire à 40 ans, peuvent le faire. Un peu comme en France où la retraite est à 60 ans, mais en fait, en moyenne, à 58,5 ans. En Grèce, 7 fonctionnaires sur 10 ne travaillent pas. Ils sont 32 % des salariés et absorbent 40 % de la dépense publique. Ils perçoivent cependant des primes, par exemple pour savoir se servir d’un ordinateur ; les douaniers reçoivent une autre prime quand ils arrivent à l’heure au bureau… La plupart de ces primes échappent à l’impôt et doublent parfois le salaire des fonctionnaires sur 14 mois ! Dans ces conditions, pas besoin de RTT !

35 % de l’économie grecque fonctionne au noir. Chacun s’essaie à la débrouille. Pour se distraire, on participe aux grèves quasi quotidiennes, ce qui rappelle ce mot de Coluche : « Ils ont tellement pris l’habitude de ne rien faire qu’une grève, ils appellent ça une journée d’action ! » Il y a aussi en Grèce quelques émeutes de temps en temps. On casse tout, on brûle les voitures, on essaie de piller les musées et on dit : « On fait comme en France. » Pour ce qui est du banditisme, je n’ai pas de statistiques, mais en ce domaine, la France devrait garder le premier rang avec 248 braquages de banques et de bijouteries en 2009…

Telle est la jeune république grecque qui date de 1973, après la chute de la monarchie, ce que tout le monde a oublié. Une république que se partagent deux familles régnantes et républicaines, les Papandreou qui se disent socialistes et les Caramanlis qui, eux, se disent conservateurs. Le résultat est le même : une dette colossale (114,6 % du PIB), 1 700 milliards d’euros, 30 000 euros à devoir par habitant ; en France, 23 000 euros « seulement ». Pour les déficits, 12,7 % du PIB pour la Grèce ; 8,2 % pour la France. Mais, quand même pour Bercy, 141 milliards d’euros en 2009 de déficit, 4 fois plus qu’il y a trois ans.

L’armée grecque coûte très cher. Rapportées au PIB, les dépenses militaires de la Grèce sont les plus élevées de l’UE. Il faut bien se défendre contre la Turquie musulmane, futur membre de l’UE, à qui Bruxelles a déjà versé 3,5 milliards d’euros au titre de la pré-adhésion. Et la Grèce, bien sûr, en tant que membre de l’Union, a contribué au pactole. Le père Ubu en rit tous les jours…

Il va sans dire aussi qu’en Grèce, la corruption se porte bien et que l’une de ses conséquences est l’entrée dans le pays d’Ulysse de tous les immigrés du Proche et du Moyen-Orient et de l’Afrique de l’Est. Pour les passeurs, rien de plus facile. Le bakchich règle tout et, une fois en Grèce, on va où l’on veut, en Italie, en Allemagne, en France, jusqu’à Calais, en route pour la Grande-Bretagne où l’on finit toujours par arriver. Pour autant, dire que la Grèce a la médaille d’or de la corruption européenne ne serait pas juste. C’est la Roumanie et la Bulgarie qui ont la médaille d’or ex æquo ; la Grèce a l’argent.

Cet intéressant pays n’a pas d’industrie importante, mais elle a des entrepreneurs d’envergure, notamment des armateurs, très attentifs à ne pas confier leurs petites économies à leur pays, dirigé par un gouvernement qui truque ses comptes et qui n’a plus aucune crédibilité. Les profits s’en vont vers d’autres cieux dans des pays où la fiscalité est raisonnable. On voit ça, il est vrai, un peu partout ailleurs…
Un point positif cependant : l’Union européenne, dans sa réunion du 13 février, a fort bien fait de ne pas accorder de prêts au tonneau des Danaïdes grec. Les bons conseils prodigués coûtent moins cher.

Une remarque encore, puisque nous sommes sur les rives de la Méditerranée : ce n’est pas la fameuse « Union pour la Méditerranée », créée en grande pompe et à grands frais, à Paris en juillet 2008, idée géniale de l’Élysée, qui a réglé le problème. Cette union pratiquement n’existe plus, en dehors de son budget. Son sommet inaugural, les 13 et 14 juillet 2008 à Paris, a quand même coûté au contribuable français 16,6 millions d’euros, avec un dîner de gala à 5 062 euros par personne !

Ce que je veux dire, et ce sera ma conclusion, c’est qu’en France, si on n’en est pas encore au niveau de la Grèce, on est sur la même pente. Si, dans les 3 ans qui viennent, on ne redresse pas la barre, et dans tous les domaines, si on maintient la retraite à 60 ans comme si ce chiffre était inscrit dans la Bible et la Constitution, si les 35 heures sont maintenues, si les flux migratoires ne sont pas stoppés, puis inversés, si l’on ne passe pas de l’État-Providence et démagogique qui a totalement échoué à un État sérieux, on se re­trouvera dans la même situation que la Grèce aujourd’hui, la Grèce qui, avec Rome, a été le pays fondateur de la civilisation occidentale, avec la rigueur de la pensée, la philosophie, la littérature, l’architecture, la science militaire incarnée par Alexandre le Grand élève d’Aristote qui sut conquérir et faire régner la paix d’Athènes jusqu’à l’Indus y compris en Arachosie, futur Afghanistan. Depuis le IVe siècle avant Jésus-Christ, un long cheminement que l’on appelle la décadence – cheminement que la Grèce dans le monde occidental n’est pas seule à suivre…

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