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La Poste : illustration du blocage du système français


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Dumait Alain - lundi 03 novembre 2003


La Cour des Comptes vient de publier un rapport sur La Poste. Ce document est disponible soit en version synthétique (22 pages), soit en version complète (174 pages). Il est même téléchargeable sur Internet ( www.ccomptes.fr ) . Les contrôleurs de la rue Cambon ont déjà établi, au cours des années précédentes, une dizaine de rapports particuliers sur cet établissement public. Cette fois-ci, il s’agit d’une étude d’ensemble, portant sur une période de douze années : celles qui ont suivi la transformation de l’entreprise, en application d’une loi du 2 juillet 1990. Jusque-là, au sein des PTT, La Poste et France Télécom étaient réunies au sein d’un même « budget annexe » de l’État. Depuis lors, les deux entités vivent leur vie séparément. La seconde, cotée en bourse, a valu un moment près de 1 000 milliards de francs, avant de retomber comme un soufflé, victime non seulement du mirage Internet mais également de la folie de ses précédents dirigeants, tous issus de la fonction publique. La première est aujourd’hui, pour

l’État, un grave sujet de préoccupation. L’entreprise est le deuxième employeur français derrière l’Éducation nationale. Un accident social se traduirait par des dizaines de milliers de pertes d’emplois.

Sur ces douze ans, les entreprises analogues à La Poste ont su, pour la plupart, se réformer et devenir des opérateurs mondiaux. C’est ainsi que la Deutsche Post World Net (DPWN) a su dégager sur la période, plus de 10 milliards d’euros de profits, qui lui ont permis de devenir le premier opérateur européen et de détenir 20 % du marché américain. Au regard d’un tel dynamisme, La Poste a persévéré dans son être : son réseau est toujours aussi pléthorique, sa productivité aussi faible, ses effectifs aussi nombreux.

L’élément nouveau est la prochaine mise en concurrence à 100 % des activités de La Poste. Pour les colis, c’est déjà fait. Pour le courrier, on sait depuis le 7 mai 2002, que ce sera accompli en trois étapes : 2003, 2006 et 2009. Dès le 1er janvier 2006, 43 % du chiffre d’affaires du courrier sera soumis à la concurrence. Dans ces conditions, les choix qui n’ont pas été assumés par La Poste à ce jour doivent être maintenant poursuivis très vite, sous peine d’un déclin irrémédiable avant la fin de cette décennie.

Réformer avec les syndicats !

Bien sûr, les choix de La Poste sont avant tout ceux de l’État. C’est lui qui a contribué à endormir les dirigeants et les personnels de cette entreprise en leur faisant croire qu’ils pourraient finalement échapper à la concurrence européenne. C’est lui, et ses politiciens, qui n’ont pas voulu qu’on touche à son réseau de 17 000 points de contacts qui n’a pour ainsi dire pas évolué depuis 1975. C’est encore lui qui a exclu les retraites, à servir à cette catégorie d’agents, du champ de sa réforme, il y a quelques mois.

Ce qu’il conviendrait de faire pour préserver cette entreprise et la mettre rapidement en état de supporter la concurrence au couteau qui s’annonce, et dont on a vu le prélude avec la libéralisation du marché des colis, est indiqué en détail dans le rapport de la Cour des Comptes : réduction drastique des points de vente, diminution des effectifs, modernisation des techniques et regroupement des moyens en particulier au niveau des centres de tri.

Cette transformation exige beaucoup de courage. Les dirigeants doivent être très efficaces. Mais ils ont aussi besoin d’être soutenus par des pouvoirs publics déterminés.

Or, ceux-ci fuient littéralement les réformes courageuses. Le gouvernement Chirac/Raffarin prétend avoir une méthode pour réformer. Celle-ci nous est expliquée en détail dans une page entière du « Figaro » du 21 octobre, dont on sait que les journalistes du service politique sont très bien introduits à l’Élysée. Cette méthode consiste à tout faire reposer sur le « dialogue social », c’est-à-dire sur la bonne volonté des hiérarques syndicaux. Jacques Chirac ne tarit pas d’éloges à l’égard de François Chérèque dont le comportement a permis l’aboutissement de la réformette du gouvernement sur le financement des pensions de retraite. Par contre, on dit qu’il fulmine encore contre les députés de l’aile libérale de l’UMP qui ont cru pouvoir partir en guerre contre les 35 heures. Selon la doctrine officielle en vigueur actuellement dans les allées du pouvoir, la réforme se fera avec les syndicats ou elle ne se fera pas. Cela veut dire qu’on espère qu’elle se fera avec ceux qui s’y opposent le plus farouchement. C’est-à-dire en effet qu’elle ne se fera pas !...

Cela vaut pour La Poste. Comme pour EDF où les syndicalistes nantis sont arc-boutés sur leurs privilèges. Mais là encore, le grand vent de la concurrence totale arrive à grands pas. Cela vaut finalement pour toutes les questions où une réforme radicale serait nécessaire. Finalement, la principale différence qu’il y a entre Jospin et Chirac, c’est que le premier disait : « Attendez 2002 ». Tandis que le second pense très fort : « Attendez 2004 ». Et après ce sera : « Attendez 2007 »…


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