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La Russie de Poutine se range dans le camp anti-occidental


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Artur du Plessis Laurent - mercredi 19 septembre 2007

poutine, russie, islamisme, economie
Le pouvoir russe est plus autocratique que jamais. Le président Vladimir Poutine désigne comme bon lui semble son successeur, alors que le principe dynastique imposait le sien au tzar. Poutine vient de nommer Premier ministre un inconnu, Viktor Zoubkov, en remplacement de Mikhaïl Fradkov, démissionnaire.
Ce poste est le tremplin vers la présidence. En 1999, Poutine devint Premier ministre d’Eltsine, avant d’accéder à la présidence. Il a désigné son dauphin pour un plébiscite à l’élection présidentielle de mars prochain. Zoubkov, 65 ans, jusque-là obscur et falot chef d’un service fédéral de lutte contre le blanchiment d’argent, travailla, dans les années quatre-vingt-dix, à Saint-Pétersbourg sous les ordres de Poutine, qui en était le maire.

Zoubkov Président, Poutine le téléguidera, en pensant à la présidentielle de 2012 : la Constitution lui permet un troisième mandat, non consécutif aux deux premiers. 70 % des Russes désireraient le voir effectuer ce troisième mandat dès mars.

En dépit des apparences démocratiques – séparation des pouvoirs, pluralité des partis, élection libre au suffrage universel du Président, liberté formelle de la presse – Poutine a un pouvoir absolu. Il a mis en place « la verticale du pouvoir ». Il a regroupé les 89 entités fédérées en sept districts administratifs, à la tête desquels il nomme ses représentants, les dotant de prérogatives étendues. Et les gouverneurs de régions et présidents des républiques sont nommés, et non plus élus. Poutine décide seul de toutes les nominations importantes.

Poutine a également mis l’économie sous la coupe de l’État. Quand un chef d’entreprise est contrôlé par le fisc, il se demande si ce n’est pas pour le déposséder au profit d’un protégé du Kremlin. À ce pouvoir fort, la société russe, atomisée et passive, ne résiste pas. Ainsi va la Russie : elle est autocratique, et le peuple s’en trouve content. Poutine attribue cela à la composante orientale de l’âme russe, héritée des invasions mongoles. « Grattez un Russe comme il faut, le Tatar a tôt fait d’apparaître », dit-il.

Poutine construit « la démocratie souveraine » : seule la nation russe dirige chez elle, selon un modèle démocratique bien à elle, et non pas imposé par les Occidentaux. Le droit d’ingérence est stigmatisé, l’État-nation glorifié. Le Kremlin combat un monde « unipolaire », dirigé par les États-Unis.

À cette fin, Poutine a déprivatisé le secteur florissant de l’énergie et des communications stratégiques, détrônant des oligarques. Il réhabilite le secteur militaro-industriel, maintient en alerte permanente les forces nucléaires et modernise les forces de déploiement rapide.

La Russie se rapproche de la Chine – avec laquelle elle fit de grandes manœuvres militaires en 2005 dans le cadre de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) qui comprend aussi le Kazakhstan, la Kirghizie, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. Tout comme la Chine, la Russie resserre ses liens avec le monde musulman : elle soutient l’Iran dans le dossier nucléaire, s’opposant, aux côtés de la Chine, au vote de résolutions suffisamment fermes par l’ONU. Elle arme l’Iran et la Syrie, parrains du Hezbollah et du Hamas. La Syrie va mettre sa base navale de Tartous à disposition de la Russie. Les ennemis de l’Occident sont les amis de la Russie. Elle vend aussi des armes au Venezuela d’Hugo Chavez. Le géant Gazprom étend son emprise sur le secteur énergétique de l’Europe – ventre mou de l’Occident – et tente de nouer des alliances en Algérie et en Asie centrale. Le FSB, ex-KGB, a renoué avec ses traditions, liquidant l’opposant Litvinenko au cœur de Londres.

Il serait calamiteux pour l’Occident que la Russie s’ancre durablement dans le camp opposé, surtout si l’intégrisme islamiste prenait le pouvoir dans l’ensemble du monde musulman. Les manifestations anti-intégristes à Téhéran et à Gaza, la déception enregistrée par le Parti de la Justice et du Développement (PJD) aux législatives marocaines, pourraient faire croire au déclin de l’intégrisme islamiste. Concernant le Maroc, l’abstentionnisme record a montré un rejet des partis traditionnels, et une tiédeur vis-à-vis du PJD que son étiquette d’islamiste « modéré » a privé de son aura protestataire.
Mais face à une monarchie vermoulue, l’islamisme pur et dur, maître des quartiers populaires et fournisseur de kamikazes, a l’avenir pour lui. Et il progresse en d’autres pays, comme l’Afghanistan, le Pakistan, et l’Algérie – où les attentats reprennent. Une récession économique mondiale le doperait…

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