Guenin Jacques (de) - mardi 21 avril 2009
sncf
Sous ce titre, M. Jacques Uliani a publié dans le n° 686 une estimable défense de la SNCF en réaction à un article de Michel de Poncins paru dans le n° 683. Si M. de Poncins ne fait pas dans la nuance, je crains que M. Uliani fasse dans l’angélisme. Il a certes raison de dire que le TGV constitue un gain de temps important. Mais il ne mentionne pas les inconvénients engendrés par les grèves, ni les coûts effarants de lignes maintenues contre toute raison, ni la faible productivité. Sur le plan économique, voici les faits dans toute leur brutalité : En 2006, le chemin de fer français a dépensé 21,4 milliards d’euros et ses recettes réelles (essentiellement les sommes en provenance des voyageurs et du frêt) ont totalisé 9,2 milliards. La différence, soit 12,2 milliards, provient donc des contribuables et cette somme ne fait qu’augmenter chaque année.
Mais la SNCF n’est plus stricto sensu le chemin de fer français. En 1997, le chemin de fer a été divisé en deux sociétés distinctes : la SNCF et le Réseau Ferré de France (RFF). Dans la foulée, l’État a transféré 20,5 milliards de dettes de la SNCF à RFF. La propriété et la gestion des voies ont été transférées à RFF.
Mais, pour apaiser les syndicats, notre courageux pouvoir politique a maintenu à la SNCF tout le personnel de gestion et d’entretien des voies ! Ainsi RFF rémunère la SNCF pour la gestion et l’entretien des voies et lui facture l’utilisation des mêmes voies, rendant ainsi à peu près impossible tout gain de productivité.
L’État a procédé à un autre allégement des pertes de la SNCF en prenant en charge une partie supplémentaire de sa dette par la création d’un « Service annexe d’amortissement de la dette de la SNCF » (SAAD), qui a repris 5,8 milliards d’euros en 1991, 4,3 milliards en 1997 et 0,6 milliards en 1999 !
Résultat pour les comptes de la SNCF ? Les recettes proprement dites (hors redevance de RFF) sont toujours de 9,2 milliards, mais les dépenses d’exploitation (hors frais financiers et redevance à RFF) sont encore de 14 milliards ! Alors comment la SNCF peut-elle afficher des profits ? En intégrant dans le chiffre d’affaires les subventions que lui versent l’État et les régions afin de couvrir son déficit ! Les pouvoirs publics et la direction préfèrent dissimuler ces coûts au public plutôt que de puiser auprès de lui le courage d’affronter les syndicats pour imposer des améliorations de productivité.
Sur le plan social, les faits ne sont pas moins brutaux : les cheminots ne sont aucunement affectés par la crise. Mais leurs syndicats profitent de la crise pour organiser des grèves et des manifestations afin d’obtenir de nouveaux avantages, au détriment de ceux qui sont, eux, victimes de la crise.
Le plus grave, dans cette affaire, c’est que l’État trompe délibérément le public en transformant en profit une perte abyssale par des artifices comptables qui enverraient en prison les dirigeants d’une entreprise privée. Et le plus stupéfiant, c’est que pas un journaliste ne relève cette escroquerie
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