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La Turquie en Europe ? Non ! Non ! Et non !


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Lance Pierre - samedi 31 juillet 2004


Le Président Chirac a donc reçu le 19 juillet à l'Élysée le Premier Ministre de Turquie, M. Recep Tayyip Erdogan. Il lui a sans doute répété qu'il était personnellement favorable à l'entrée de la Turquie en Europe, mais que ce projet rencontrait dans tous les pays européens de fortes oppositions. Qu'il fallait donc que les Turcs fassent preuve de patience et continuent d'améliorer dans leur pays l'exercice de la démocratie, et patati, et patata…
Ce genre de discours diplomatique n'est rien d'autre que de la bouillie pour les chats. La vérité, c'est que l'opposition à l'entrée de la Turquie en Europe ne fait que croître et embellir, parce que ce projet est aberrant à tous les points de vue. Que l'on fasse donc un référendum à ce sujet dans tous les pays européens et le résultat ne fait pas l'ombre d'un doute : ce sera NON et même trois fois NON !
Si j'étais un Turc, je dirais aux dirigeants européens qu'avant d'exiger de la Turquie davantage de démocratie, ils devraient appliquer leurs propres conseils. En 1999, Mme Nicole Fontaine, Présidente du Parlement européen, s'était publiquement inquiétée de voir que la bureaucratie communautaire engageait l'Europe dans la voie d'une acceptation de la Turquie sans que le moindre débat démocratique ait lieu à ce sujet. Car enfin les citoyens européens sont seuls habilités à juger souverainement de qui est européen et de qui ne l'est pas. Leur imposer une décision à ce propos serait du pur despotisme.
La question ne s'est pas posée jusqu'ici pour la seule raison que les candidats récents étaient européens sans contestation possible. Mais à partir du moment où l'on prétend accueillir des « Européens d'adoption », c'est une tout autre affaire. Si l'Europe s'étend, selon une phrase célèbre « de l'Atlantique à l'Oural », elle est également limitée au sud par la Méditerranée, la Mer Égée, les monts du Caucase et la Mer Caspienne. Entre la Mer Égée et la Mer Noire, le détroit du Bosphore la sépare de l'Asie aussi clairement que le détroit de Gibraltar la sépare de l'Afrique. Si la géographie n'est pas tout, on ne peut en faire fi. Et même si les Australiens et les Néo-Zélandais sont d'authentiques Européens d'origine, leur éloignement géographique leur interdit pourtant d'adhérer à l'Union européenne.

La fin de l’Europe !

Je me garderai de reprendre ici tous les arguments qui plaident contre l'adhésion de la Turquie à l'Europe, car ils sont si nombreux et si évidents que l'on s'impatiente d'avoir à les répéter. Les deux principaux sont d'ailleurs largement suffisants à clore le débat : a) la Turquie n'est pas en Europe, b) les Turcs ne sont pas des Européens. Il n'y a rien à ajouter. Si la Turquie entre en Europe, il n'y aura plus d'Europe et ce nom même sera vide de sens. C'est à peu près ce que M. Giscard d'Estaing voulait dire lorsqu'il a déclaré en 2002 que l'adhésion de la Turquie signifierait « la fin de l'Union européenne ».
Cependant, M. Erdogan, qui est aussi le chef de l'AKP, le parti islamiste au pouvoir en Turquie, exerce sur les dirigeants européens une sorte de chantage en leur disant que s'ils ne fixent pas une date définitive pour l'entrée de la Turquie dans l'Union, ils « attiseront la flamme du conflit des civilisations ». Ce qui revient à suggérer que nous devrions, pour éviter l'incendie, faire entrer les pyromanes dans la maison. Car si le parti de M. Erdogan se montre « modéré », c'est uniquement parce que l'armée turque fortement laïcisée n'en tolère pas d'autre, et si les Turcs ont voté massivement pour lui, c'est seulement parce qu'il était le moins laïque des partis qui sollicitaient leurs suffrages. Enfin n'oublions pas qu'il existe en Asie centrale des peuples turcophones (Azéris, Turkmènes, Kazakhs, Ouzbeks…) qui peuvent devenir des citoyens turcs quand ils le désirent et qui deviendraient du même coup des Européens à part entière.
Ce qui est hallucinant dans cette affaire, ce n'est pas seulement qu'un projet aussi grotesque ait pu voir le jour, c'est qu'en outre il soit soutenu par les Américains et notamment par le Président Bush. Cela devrait poser un cas de conscience à nos américanophiles inconditionnels, dont je serais surpris qu'ils soient aussi des turcophiles à tous crins. L'intérêt apparent des États-Unis dans cette histoire serait de consolider leur alliance avec la Turquie, de fortifier l'OTAN et d'éloigner les Turcs des tentations islamistes radicales. (De grandes manœuvres militaires viennent d'associer récemment les armées américaine, israélienne et turque.) Mais Washington verrait aussi avantage à ce que l'Europe ait un boulet aux pieds qui freine son développement et à ce qu'elle soit beaucoup plus impliquée dans les conflits du Moyen-Orient dont elle se tient jusqu'ici à l'écart. Cherchez à qui profite le crime…


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