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La Turquie n’est pas européenne !


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Lance Pierre - dimanche 26 décembre 2004


Ainsi donc, 25 guignols de la politicaille européenne dérapant sur les choux de Bruxelles ont despotiquement décidé que les négociations pour l’adhésion de la Turquie à l’Europe commenceraient le 3 octobre 2005.
Eh bien ! j’espère que, ce jour-là, une foule compacte d’Européens fiers de l’être et de le rester iront leur jeter à la figure quelques tonnes d’œufs pourris et de tomates fendues. Il faudra cependant veiller à ce que des groupuscules nazillons ne profitent pas de l’occasion. Les pseudo-démocrates seraient trop contents d’exploiter ces malades pour discréditer la manif.
Ah ! mais il faudra, nous dit-on, que les Turcs remplissent certaines conditions ! Notamment qu’ils reconnaissent la République de Chypre. Or, que les Cypriotes grecs soient « reconnus » ou non par la Turquie, nous n’en avons absolument rien à cirer. Car ils font partie d’ores et déjà de l’Union européenne et se moquent éperdument de l’aval d’Ankara.
Bizarrement, on n’a plus mentionné à Bruxelles la nécessité de reconnaître le génocide arménien. Il semble que l’on ait déjà capitulé sur ce point. Mais quelque sympathie que nous puissions avoir pour les Français d’origine arménienne, ces purs Caucasiens qui se sont parfaitement intégrés à notre peuple, la reconnaissance du génocide arménien, c’est tout de même le cadet de nos soucis, car il ne ferait pas revenir ses malheureuses victimes et ne serait pour leurs descendants qu’un baume bien léger. Il y a eu génocide ! Tout le monde le sait, les Turcs les premiers. C’est une affaire entendue, alors : Paroles… Paroles… comme dit la chanson.
Que l’on cesse donc de focaliser notre attention sur des « conditions » de rhétorique pure qui - seraient-elles même acceptées - ne feront pas des Turcs les Européens qu’ils ne sont pas et ne seront jamais.

Conditions remplies ou pas, c’est non !


D’ailleurs, supposons un instant que le gouvernement turc accepte toutes les conditions imaginables que poserait Bruxelles ; en quoi cela impliquerait-il que le peuple turc va changer soudain de mœurs et de culture ?
Nos journalistes à la mie de pain se complaisent à aller interviewer les étudiants d’Istambul, qui, parbleu ! rêvent de s’occidentaliser. (Beaucoup d’entre eux doivent d’ailleurs descendre des Gaulois de Déjotarix qui fondèrent Galata, faubourg occidental de Byzance, vers 270 av. J.-C., et donnèrent leur nom à la presqu’île bulgare de Gallipoli.)
Mais qu’y-a-t-il de commun entre cette jeunesse évoluée et les paysans anatoliens islamisés jusqu’à la moëlle qui vendent leurs filles contre des moutons ?
Il se passe en réalité ceci : Le chef du gouvernement turc, M. Erdogan, décide à la place des Turcs ce qui est bon pour eux, se révélant à peu près aussi démocrate que Suleyman Ier. Mais, de son côté, M. Chirac décide à la place des Français et même des Européens ce qui est bon pour eux, se dévoilant à peu près aussi démocrate que Louis XIV.
Au cours de sa prestation sur TF1, Jacques Chirac a tenté de nous endormir en prétendant que les Français « auraient le dernier mot ». Ben voyons ! Comme pour les centrales nucléaires et l’abolition de la peine de mort, par exemple ? Mais c’est le PREMIER MOT que nous voulons ! Et le second et tous les autres ! Car cela seulement fonde la réalité du peuple souverain.
Un peu trop timidement à mon goût, Patrick Poivre d’Arvor a fait remarquer au Chef de l’État que les deux tiers des Français étaient opposés à l’adhésion de la Turquie. Chirac a fait comme s’il n’avait pas entendu.
À ses yeux, c’est une évidence, l’avis des Français compte pour du petit lait. Et à Bruxelles il a adopté une attitude que les médias qualifient de « volontariste », euphémisme signifiant qu’il a tenté d’imposer sa volonté à tout le monde.
L’argument-massue de Chirac est que, si nous rejetons la Turquie, elle risque de se tourner plus encore vers l’Islam radical. Voilà qui a dû provoquer chez Ben Laden une crise d’hilarité. Et il doit se frotter les mains en songeant aux jeunes déracinés supplémentaires qui assureront son recrutement futur.
D’ailleurs, il ne s’agit pas de rejeter la Turquie, mais de la laisser où elle est, c’est-à-dire hors d’Europe, géographiquement, ethniquement, culturellement et religieusement, ce qui n’empêche nullement d’en faire un partenaire privilégié sur le plan économique.
Après quoi, peut-être pourra-t-elle progressivement s’occidentaliser, ce qui demandera au moins 50 ans, si elle le veut bien et si c’est possible, ce dont aucun homme sain d’esprit ne peut préjuger aujourd’hui.


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