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La botte secrète de Sarkozy


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Choisel Francis - mardi 07 avril 2009

sarkozy
Personne n’a encore compris, semble-t-il, la botte secrète par laquelle Nicolas Sarkozy triomphe de tous ses adversaires. Elle est pourtant d’une simplicité extrême, comme toutes les bonnes recettes.

L’échec de ses deux prédécesseurs tient à leur incapacité à résoudre correctement la classique contradiction entre le discours de campagne bâti pour séduire et l’action au pouvoir qui s’inscrit en faux avec les promesses électorales. Chirac et Mitterrand sont apparus comme des renégats et sont devenus impopulaires parce que, ne voulant ou ne pouvant appliquer leur programme, ils y ont un jour renoncé explicitement. Certes, ils ne l’ont pas avoué crûment, mais ils ont changé de discours en même temps que de politique.

Sarkozy n’est pas tombé dans ce piège. Plus jamais ça ! nous a-t-il dit pendant sa campagne : « Je dis ce que je ferai et je ferai ce que je dis. » De fait, on l’aura constaté, il ne change pas de discours.

Mais c’est pour une raison simple : chez lui, les mots et les actes mènent leur vie propre, séparément, sans jamais influer les uns sur les autres. Il y a les mots de Guaino, sa plume souverainiste et antilibérale, et puis les actes qui sont grosso modo giscardo-balladuriens. Appelons cela la technique du pile et face. Le calcul est simple : il y a ceux à qui les mots suffisent ; et ceux qui veulent des actes. Aux uns, côté face, il prodigue des discours ; aux autres, côté pile, plus discrètement, il offre les faits. Simultanément.

Là est sa botte secrète : dans la simultanéité de la contradiction entre les paroles et les actes. Ainsi, ce qui était clairement un reniement chez ses prédécesseurs apparaît chez lui comme une synthèse, un dépassement des clivages. Chacun est satisfait – du moins pour un temps, car il n’y a pas synthèse mais supercherie : discours populiste pour le bon peuple, politique de pensée unique pour les élites ; discours de droite quand la mesure est de gauche, discours de gauche quand la mesure est de droite. L’un équilibre l’autre. Le discours camoufle l’action ; il est, au sens militaire du terme, un leurre.

Sarkozy a expérimenté la formule au ministère de l’Intérieur en accouplant abolition de la pseudo « double peine » pour satisfaire la gauche bien-pensante et discours musclé contre la « racaille » à usage de Monsieur Toutlemonde. On l’a vue à l’œuvre au moment de ses déboires conjugaux avec son clérical discours au Pape pour les cathos ; et, en regard, sa vie privée plus que dissolue, pour les bobos. Au même instant. L’un et l’autre s’équilibrant en se contredisant parfaitement. Dans chaque secteur de son action, il en est de même.

Ne développons qu’un exemple, celui de la politique européenne. Pendant sa campagne, Sarkozy morigène la Banque centrale européenne, accuse l’euro, annonce qu’il faut entendre le message des nonistes – voilà pour les mots – et il annonce un mini-traité qu’il ne sera point besoin de ratifier par référendum – voilà pour le concret. Les souverainistes entendent « traité » au lieu de constitution, « mini » comme synonyme de « au rabais ». Ils sont satisfaits. Les européistes comprennent qu’il s’agit de resservir la Constitution giscardienne sous une autre forme. Satisfaits eux aussi, ils laissent dire. On voit là que la technique du pile et face fonctionne même en campagne.

Une fois Sarkozy élu, le traité se fait, sans référendum, comme annoncé, et il reprend toute la Constitution européenne rejetée, sauf les mots qui fâchent – toujours les mots puisque les naïfs y accordent de l’importance. Dans le même temps, Guaino rédige toujours les discours présidentiels, qu’il alimente en remontrances contre Bruxelles et Maastricht ; et Sarkozy les prononce avec la même conviction. Le bon peuple, sous le charme, laisse faire : « Avez-vous vu comme il les remet en place ! » Et les européistes laissent dire car ils sont dans la confidence : les algarades qu’ils subissent sont le prix à payer, finalement très faible, pour l’application de leur politique.

Parfois, il est vrai, les actes de Sarkozy ne contredisent pas ses paroles, mais ils sont largement en retrait, ou il ne se passe rien. La technique est la même. Moins il en fait concrètement, plus il crie fort sa volonté d’agir, comme pour le « paquet fiscal », ou à propos du refus d’aider ceux des constructeurs qui délocalisent « en Tchéquie » alors qu’il sait bien que les règles de l’UE l’empêchent de faire quoi que ce soit dans ce sens…
Je vous conseille d’appliquer cette grille de lecture, à partir de maintenant, à chaque déclaration présidentielle. Elle vous ouvrira bien des horizons.

Voir aussi : http://choisel.info/

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