Menou Pierre - lundi 09 août 2010
immigration
L’éditorial du Monde daté du 3 août, titré « Le président, l’escalade et l’amalgame », dénonce les récentes propositions de Nicolas Sarkozy concernant la déchéance de la nationalité française qui pourrait frapper certains délinquants d’origine étrangère, si les souhaits du président de la République ne restent pas lettre morte.
Le 30 juillet, à Grenoble, ce dernier a déclaré : « La nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un policier, d’un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l’autorité publique. »
Le Monde cite en outre une autre partie du discours présidentiel, sur laquelle les médias ont moins insisté, mais qui paraît pourtant plus importante : Nicolas Sarkozy voudrait que « l’acquisition de la nationalité française par un mineur délinquant ne soit plus automatique au moment de sa majorité ».
« Le ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux, ajoute l'éditorialiste du quotidien, a surenchéri , dimanche 1er août, en précisant que les déchéances de nationalité devraient également pouvoir être prononcées "en cas d’excision, de traite d’êtres humains ou d’actes de délinquance grave". Enfin, pour que les choses soient parfaitement claires, le chef de l'Etat a, pour la première fois, établi un lien explicite entre la délinquance et "cinquante ans d'immigration insuffisamment régulée, qui ont abouti à mettre en échec l'intégration." »
L'homme du Monde s'en étrangle : « C'est donc – et là encore les mots sont lourds de sens – une "guerre nationale" qui est décrétée contre les "voyous", en particulier s'ils sont issus de l'immigration. » On comprend sa colère : comme il le souligne, c'est la fin d'un tabou.
Oui, pour la première fois, le chef de l'Etat énonce une vérité que les Français constatent tous les jours et qu'un ancien président de Sos-Racisme, le socialiste Malek Boutih, avait lui aussi exprimée en constatant, en 2000 qu'il y avait « plus de "bronzés" que de blancs dans les centres de jeunes détenus ». Mais cette vérité-là n'est décidément pas bonne à dire : on se souvient des réactions provoquées par les récents propos du journaliste Eric Zemmour, « coupable » d'avoir déclaré sur Canal + que « les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… »
Les immigrés victimes du laxisme
Il est des faits qu’il n’est pas prudent d’observer, du moins publiquement.
Le président de la République transgresse donc ce tabou, ce qui n’est pas plus tolérable de sa part que de celle d’Eric Zemmour. Le Monde lui intente illico un procès en démagogie : « Nicolas Sarkozy est coutumier de ces déclarations belliqueuses. Depuis huit ans, comme ministre de l’intérieur puis à l’Elysée, il a fait de la sécurité et de la lutte contre la délinquance le socle de son image, de son discours et de son action (…). M. Sarkozy a donc choisi l’escalade sécuritaire et l’amalgame délinquance-immigration. Pour un président de la République, c’est une faute. (…) En dépit du fiasco, il y a six mois, du débat sur l’identité nationale, cette politique du bouc émissaire est aussi détestable que condamnable. Aucune fin – ni la protection indispensable des citoyens ni une réélection espéré à la présidence de la République en 2012 – ne justifie tous les moyens. »
Mieux vaudrait s’en doute se réfugier dans le déni de réalité, si confortable et si politiquement correct…
Il est certes permis de s’interroger sur les véritables intentions et motifs du président de la République, comme le fait, dans Minute, François Couteil, qui écrit : « Son discours est, comme toujours, pétri de contradictions, et pour cause : il ne croit pas lui-même à ses annonces. » Faut-il pour autant refuser de saisir l’occasion offerte par le président de la République d’ouvrir une réflexion en profondeur sur l’immigration et la nationalité ?
Je livrerai ici quelques pistes de réflexion.
Premièrement, si les propos de Nicolas Sarkozy sont démagogiques, comme le pense l’éditorialiste du Monde, c’est qu’ils correspondent à une attente de bon nombre de Français, qui pensent, comme le chef de l’Etat aujourd’hui, que la délinquance, l’immigration massive et l’échec de l’intégration sont des phénomènes liés. A l’inverse de ce que semble croire le journaliste mondain, on n’étouffera pas cette conviction en contraignant ces Français au silence.
Deuxièmement, Le Monde se donne facilement les gants de la générosité, alors que le refus de prendre en compte la réalité et de prendre les mesures qui s’imposent contre les voyous d’origine immigrée est d’abord préjudiciable aux immigrés eux-mêmes.
Ce sont eux, en effet – avec les Français de souche habitant les quartiers « sensibles », injustement menacés de perdre leur identité et le patrimoine collectif à l’édification duquel ont travaillé leurs pères – qui sont les victimes directes de la délinquance dans ces quartiers.
Ceux de ces immigrés qui travaillent honnêtement et respectent les lois et les mœurs françaises souffrent de surcroît d’être trop souvent confondus avec les voyous : Le Monde, qui dénonce l’« amalgame » que commettrait le président de la République, devrait d’abord se soucier de celui-là.
Remettre en cause le mode d’acquisition de la nationalité
Troisièmement, comme le souligne François Couteil dans Minute, la proposition de Nicolas Sarkozy a toutes chances d’être cassé par le Conseil constitutionnel. « Si le président de la République souhaitait vraiment remédier au problème qu’il semble découvrir aujourd’hui, il traiterait le mal à la racine en réformant en profondeur le code de la nationalité, quitte à mettre en oeuvre une réforme constitutionnelle, et en pratiquant la préférence nationale au lieu de la préférence étrangère qu’il nous impose sous le nom de "discrimination positive". »
On n’échappe pas à cette logique. Le Monde invoque, contre Nicolas Sarkozy, la Constitution qui « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine… ». « Le chef de l’Etat devrait en être le garant, écrit l’éditorialiste. Il invite à le bafouer, sans craindre de recréer en France une catégorie de résidents qui ne seraient ni citoyens ni expulsables, puisque Français par la naissance. »
Voilà clairement posé le problème fondamental du principe d’acquisition de notre nationalité par le droit du sol. Si l’on souhaite pouvoir réguler l’immigration, c’est ce principe qu’il faut remettre en cause. A distribuer la nationalité française même à ceux qui n’en voulaient pas, on l’a dévaluée et l’on s’est ôté les moyens de refouler hors de nos frontières les voyous d’origine immigrée et les « Français de papiers » qui brûlent notre drapeau pour le remplacer par celui de l’Algérie.
Ce n’est pas parce qu’on accueille l’étranger – le mieux possible dès lors qu’il respecte nos lois et ne prétend pas usurper les droits du citoyen – que l’on est tenu de lui donner, à lui et à ses enfants, les clés de la maison et le pouvoir de brûler les meubles impunément. Or la clé de la maison, c’est l’acquisition de la nationalité.
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