Trémeau Bernard - samedi 01 mai 2004
Depuis plus de cinquante ans, les keynésiens ou les marxistes français, les sociaux démocrates de droite ou de gauche, nous répètent à longueur de journée la même ritournelle. Si l’État n’intervenait pas pour corriger les inégalités issues du Marché, les Français ne pourraient pas vivre ensemble et s’entre-tueraient. On ajoute en général : voyez comme c’est vilain aux USA !
L’État intervient donc pour corriger les inégalités. Mais comme ses interventions se soldent pratiquement toujours par un échec, il intervient de plus en plus et, aujourd’hui, il prend à tous les Français, en moyenne, plus de la moitié de ce qu’ils possèdent pour le redistribuer aux autres.
Si la théorie avancée par les sociaux-démocrates Français était exacte, nous devrions aujourd’hui être unis par des liens d’une solidité à toute épreuve. Or nous constatons l’inverse. Les troubles sociaux sont devenus en France le pain quotidien. Non seulement on descend manifester dans la rue, en cassant un peu de CRS pour prouver son courage, mais on se met en grève. Le métro ou les trains ne roulent plus, les avions restent au sol, et les employés d’EDF mettent en panne sans nous prévenir, réfrigérateurs, ordinateurs ou télévisions. Les Américains, dotés d’une excellente cohésion sociale, regardent avec étonnement et tristesse le délabrement français.
Les Français, qui remplissent leurs déclarations d’impôts en comprenant de moins en moins ce qu’on leur demande, restent bloqués sur les quais de métro, dans les gares ou dans les aéroports. Ils se méfient des aliments conservés dans leur réfrigérateur et attendent la fin de la coupure pour regarder la télévision. Ils ne sont pas contents du tout. Mais quand ils apprennent que ceux qui leur perturbent ainsi la vie sont les grands privilégiés de la société française actuelle (sécurité d’emploi, retraites ou assurances maladies) ils deviennent furieux. La violence n’est pas loin.
La cohésion sociale s’éloigne à toute vitesse et pour la faire revenir, en bonne logique keynésienne, notre gouvernement vient de créer un ministre de la cohésion sociale. Nous pouvons donc dormir en paix. L’État va enfin faire ce qu’il faut pour nous « cohéser ».
Mais, si on lit le merveilleux article que vient d’écrire Pascal Salin sur la Cohésion Sociale (« Le Figaro » du 2 avril 2004), on n’arrive plus à dormir en paix, on se retourne dans son lit. Car Pascal Salin donne une explication lumineuse du phénomène français.
Tant que l’État ne s’approprie pas par l’impôt ce que chacun d’entre nous possède, notre propriété individuelle est respectée par tous les autres et protégée par l’État contre les voleurs. Chacun de nous en est responsable et une fois les droits de propriété parfaitement définis, personne d’autre ne peut plus y toucher. Le droit de propriété individuelle, un des fondements de la société démocratique, a montré pendant des millénaires qu’il était un des ciments essentiels de la cohésion sociale. Les marxistes l’ont remis en cause, avec le succès que l’on connaît…
Les sociaux démocrates français font la même erreur que les marxistes. Ils croient que l’État peut impunément ne pas respecter le droit de propriété individuelle et s’approprier sans inconvénient la moitié des biens des Français. Une fabuleuse cagnotte entre alors dans les caisses de l’État, cagnotte n’appartenant plus à aucun individu, mais à tout le monde. Dans ces conditions, pourquoi ne pas essayer d’avoir pour soi une partie du trésor ?
D’abord les employés du ministère des finances, qui veillent sur le trésor, se sont servi. Ils n’ont pas volé bêtement quelques pièces dans les coffres, ils ont fait mettre en place, par tous leurs ministres successifs, des règlements très favorables. Ceux qui refusaient étaient éjectés. Ensuite tous les salariés des entreprises gérées par l’État ont lorgné sur le trésor. Une bonne grève au bon moment permet d’obtenir un nouveau privilège. Enfin tous les assistés, devenus irresponsables, tendent la main. On leur donne un peu plus, car ils sont aussi des électeurs.
Surimposés, privilégiés, assistés sont aujourd’hui amalgamés dans une cohésion sociale de plus en plus douteuse. On nous offre un ministre de la cohésion sociale : sera-t-il enfin le ministre du retour à la propriété individuelle, seule source de cohésion sociale ?
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