Lassieur Pierre - samedi 10 avril 2004
En 1988, en refusant les voix des élus du FN lors de l’élection des présidents de conseils régionaux, la droite parlementaire s’était, dans plusieurs régions, en quelque sorte suicidée. Ceux de ses membres qui avaient, au contraire, accepté d’être élus grâce au renfort des conseillers FN, ont été poursuivis, depuis, par une incessante vindicte. Charles Millon a été chassé de la vie politique, Jacques Blanc (Languedoc) et J.-P. Soisson (Bourgogne) se sont encore fait reprocher cette « faute » lors des récentes élections. La loi électorale ayant été tripatouillée voici 18 mois dans le but de nuire au FN et de rendre impossibles les négociations entre élus après l’unique tour qu’il y avait alors, les promoteurs de cette loi viennent de tomber eux-mêmes dans le piège qu’ils avaient tendu.
Quels péchés ont donc commis les représentants du FN pour être l’objet d’un tel ostracisme et pour que la droite molle préfère perdre plutôt que de s’allier à eux, si peu que ce soit ? L’histoire du XXe siècle est racontée d’étrange façon. Soumise au politiquement correct, elle évite soigneusement les nuances. C’est ainsi que sont plus ou moins confondus le nazisme (Hitler), le fascisme (Mussolini), le Franquisme et le Pétainisme et qu’est aujourd’hui mis dans le même sac le FN. Or ces mouvements sont très différents les uns des autres. Cependant, il est avantageux pour la gauche de projeter sur tous l’ombre abominable du nazisme. L’accusation d’antisémitisme, notamment, est sûre de son effet. Avec la xénophobie d’une façon générale, l’antisémitisme est l’un des griefs faits au FN.
La réalité est plutôt que le supposé antisémitisme du FN ne dépasse pas la belgeophobie des conteurs d’histoires belges ou la massiliaphobie des amateurs d’histoires marseillaises. Le premier signe distinctif du FN est tout autre : c’est la lutte contre l’immigration non-européenne excessive dans laquelle la France est en train de se dissoudre. Or, il n’y a pas d’immigration juive notable à notre époque. Cependant, le bruit court depuis longtemps dans les milieux « bien informés », qu’en 1986, quand Chirac est revenu au pouvoir, un accord secret aurait été signé entre son parti et une influente association juive internationale, selon laquelle la droite française s’interdirait toute alliance avec le FN, obligation qu’elle a respectée jusqu’à ce jour. Si cet accord est resté dans l’ombre, c’est au grand jour que les associations françaises anti-racistes (SOS Racisme, MRAP, LICRA, Ligue des droits de l’homme) ont eu des dirigeants juifs. On sait que, dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, ces associations ont joué un rôle important en faveur de l’immigration et notamment en faveur de l’immigration maghrébine.
Depuis les attentats du 11 septembre 2001, ces associations ont manifestement mis une sourdine. Il est évident, qu’à juste titre, bon nombre de leurs adhérents n’apprécient ni le terrorisme, ni les tentatives d’imposer à la France et aux Français une religion intolérante et archaïque. On est donc en droit de se demander si les dirigeants des organisations juives, françaises et étrangères, n’ont pas commis une fausse manœuvre en s’engageant en faveur de l’immigration. Quel bénéfice en ont-ils tiré ? Ils ont contribué à attirer, en France, des millions de musulmans, parfaitement honorables, certes, pour la plupart, parmi lesquels se dissimulent malheureusement quelques dizaines ou quelques centaines de terroristes en puissance et un nombre beaucoup plus grand de judéophobes. L’antisémitisme à l’ordre du jour, aujourd’hui, en France, n’est pas d’extrême droite, mais islamique. Tout le monde le sait. Aucun ministre n’ose le dire.
Et la droite parlementaire, quel bénéfice a-t-elle tiré de son attitude systématiquement injurieuse à l’égard du FN ? Elle a mis sur la touche 15 à 20 % des électeurs, dont bon nombre auraient sans doute voté pour elle, au deuxième tour, si des accords électoraux étaient intervenus. À chaque nouvelle élection, elle subit un handicap que la gauche ne subit pas. Aurait-il été plus scandaleux pour le RPR et l’UDF de s’allier au FN que pour le parti socialiste aux communistes ? D’ailleurs, s’il n’avait pas été traité avec le mépris qu’on sait, le FN se serait forcément adouci et Le Pen n’aurait jamais prononcé des paroles malheureuses.
Le résultat d’une erreur stratégique majeure, c’est, pour les Juifs, l’augmentation, autour d’eux, du nombre de gens qui n’ont aucune affinité pour eux - c’est le moins qu’on puisse dire - et, pour la droite parlementaire, une abdication au profit de la gauche, même quand celle-ci, comme aujourd’hui, ne détient pas le pouvoir législatif. Cette erreur stratégique majeure est signée Jacques Chirac.
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