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La complexité de la crise tunisienne : choisir entre plusieurs maux ?


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de Beaufort Hubert - lundi 31 janvier 2011

tunisie
La crise tunisienne a surpris tout le monde : les gouvernements, les politiques, les médias. Un jeune diplômé, obligé de se faire vendeur ambulant, qui s’immole par le feu suite à la saisie de son petit commerce, et le pays s’embrase. Des dizaines de morts dans les manifestations et le président Ben Ali qui s’enfuit. Un gouvernement provisoire tente aujourd’hui de rétablir l’ordre en promettant des élections, démocratiques, libres, et ouvertes aux exilés.

Mais ce gouvernement provisoire est déjà contesté car des postes ministériels importants avaient été proposés à d’anciens responsables du RCD, le parti de Ben Ali. Cependant, comment ignorer demain le RCD qui rassemble un million de membres ? La rue hurle au scandale, relayée par la télévision, avec le slogan : ils nous privent de notre révolution ! Si les troubles se perpétuent, ne subsiste qu’une alternative : l’armée.

Quelle analyse géopolitique objective peut-on essayer de présenter aujourd’hui ?

Nous avons d’abord le contre-exemple de l’Irak. L’administration de Saddam Hussein a été démantelée avec les conséquences catastrophiques que l’on connaît : une anarchie dont on ne voit toujours pas l’issue et une guerre dans l’impasse.

Regardons ensuite les voisins : l’Egypte, la Libye, l’Algérie, le Maroc. Peut-on s’en inspirer ? Si c’est pour un exemple de démocratie, la réponse est non.

Où se situent alors les vrais problèmes ? A deux niveaux :

  1. D’abord la démographie avec une Tunisie qui a vu sa population passer en trente ans de trois millions à dix millions d’habitants. Ce n’est plus une évolution, c’est une rupture et personne ne sait donner la recette d’une démographie explosive permettant de construire une croissance harmonieuse qui soit à la fois économique, sociale et culturelle. Le Japon et la Chine assurent leur modernité sur la base d’une natalité maîtrisée, car pour eux c’est un préalable.

  1. Ensuite l’avènement d’une démocratie à l’occidentale qui a réclamé à l’Europe plusieurs siècles de lente maturation. Démocratie qui risque d’ailleurs de ne plus être un modèle en privilégiant un compassionnel moralisateur et en oubliant le précepte des écritures : « l’enfer est pavé de bonnes intentions ».

Le moralisme ne remplace pas la morale. Les gouvernants occidentaux qui sont tentés de donner des leçons à la Tunisie sont muets jusqu’à présent pour demander au Pakistan d’abolir sa législation sur le blasphème et de libérer la chrétienne condamnée à mort pour un verre d’eau « impure » proposée à une musulmane.

Les contre-exemples de L’Iran, de l’Irak de l’Afghanistan, du Pakistan devraient nous interpeller afin que nous aidions la Tunisie à retrouver une voie correspondant à son histoire, à son économie et à sa sociologie. Gare à une démocratie-slogan vide de contenu et qui ne proposerait aucune voie au dynamisme économique nécessaire.

Pour beaucoup de Français la Tunisie était une terre d’accueil pour nos vacanciers, nos retraités et nos entrepreneurs. Une malheureuse parenthèse a été ouverte, souhaitons qu’elle se referme le plus tôt possible pour éviter le désespoir et la radicalisation qui favoriserait l’islamisme : l’exemple iranien après la chute du Shah ne doit pas être oublié.


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