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La crise des ânes


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Lambert Jean-Claude - mardi 25 octobre 2011

humour
Nous ignorons l’auteur de ce texte humoristique, que nous a transmis notre correspondant Jean-Claude Lambert :

Un homme portant cravate se présenta un jour dans un village. Monté sur une caisse, il cria à qui voulait l'entendre qu'il achèterait cash 100 euros l'unité tous les ânes qu'on lui proposerait. Les paysans le trouvaient bien un peu étrange, mais son prix était très intéressant et ceux qui topaient avec lui repartaient le portefeuille rebondi, la mine réjouie.

Il revint le lendemain et offrit cette fois cent cinquante euros par tête, et là encore une grande partie des habitants lui vendirent leurs bêtes. Les jours suivants, il offrit 300 euros et ceux qui ne l'avaient pas fait vendirent les derniers ânes existants. Constatant qu'il n'en restait plus un seul, il fit savoir qu'il reviendrait les acheter 500 euros dans huit jours et il quitta le village.

Le lendemain, il confia à son associé le troupeau qu'il venait d'acheter et l'envoya dans le même village avec ordre de vendre les bêtes 400 euros l'unité. Face à la possibilité de faire un bénéfice de 100 euros dès la semaine suivante, tous les villageois rachetèrent leurs ânes quatre fois le prix qu'ils les avaient vendus et pour ce faire, tous empruntèrent.

Comme il fallait s'y attendre, les deux hommes d'affaires s'en allèrent prendre des vacances méritées dans un paradis fiscal et tous les villageois se retrouvèrent avec des ânes sans valeur, endettés jusqu'au cou, ruinés.

Les malheureux tentèrent vainement de revendre leurs bêtes pour rembourser leur emprunt. Le cours de l'âne s'effondra. Les animaux furent saisis, puis loués à leurs précédents propriétaires par le banquier. Celui-ci pourtant s'en alla pleurer auprès du maire en expliquant que s'il ne rentrait pas dans ses fonds, il serait ruiné lui aussi et devrait exiger le remboursement de tous les prêts accordés aux habitants de la commune.

Pour éviter ce désastre, le maire , au lieu de donner de l'argent aux habitants du village afin qu'ils paient leurs dettes, le donna au banquier, son ami intime et premier adjoint, soit dit en passant. Or celui-ci, après avoir rétabli sa trésorerie, ne fit pas pour autant un trait sur les dettes des villageois, ni sur celle de la commune, et tous se trouvèrent proche du surendettement.

Voyant sa note sur le point d'être dégradée et pris à la gorge par les taux d'intérêts, la commune demanda l'aide des communes voisines, mais ces dernières lui répondirent qu'elles ne pouvaient en aucun cas l'aider, car elles avaient connu les mêmes infortunes.

Sur les conseils avisés et désintéressés du banquier, toutes les communes décidèrent de réduire leur dépenses : moins d'argent pour les écoles, pour les programmes sociaux, la voirie, la police municipale… On repoussa l'âge de départ à la retraite, on supprima des postes d'employés communaux, on baissa les salaires et parallèlement on augmenta les impôts. C'était, disait-on, inévitable, mais on promit de moraliser ce scandaleux commerce des ânes.

Cette bien triste histoire prend tout son sel, quand on sait que le banquier et les deux escrocs sont frères et vivent ensemble sur un île des Bermudes, achetée à la sueur de leur front. On les appelles les frères Marchés.

Très généreusement, ils ont promis de subventionner la campagne des maires sortants.

Cette histoire n'est toutefois pas finie, car on ignore ce que firent les villageois. Et vous qu'auriez vous fait à leur place? Que ferez vous ?

Ceci est une fiction, toute ressemblance avec une certaine actualité serait purement fortuite.


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