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La crise financière : seuls comptent les résultats


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Lambert Christian - mercredi 15 octobre 2008

economie
N’étant pas financier, je me garderai d’analyser la crise actuelle qui secoue le monde. Je laisserai cela aux spécialistes qui inondent les médias de leurs commentaires et prévisions. Je me risquerai seulement à dire que cette crise très grave s’explique parce que nulle part, États, banques, particuliers, n’ont respecté cette règle fondamentale : il ne faut pas dépenser plus que ce que l’on a dans son porte-monnaie.

C’est l’abus du crédit qui a conduit à la banqueroute dont on est loin de connaître toutes les conséquences. Car voici ce qui se passe. Nous vivons depuis un demi-siècle sous la dictature insidieuse et multiforme de la société de consommation. La publicité, qui est son bras armé, nous assène à chaque heure de la journée qu’il serait bon d’acheter des maisons, des appartements, des voitures, des bateaux, de partir en croisière et, si possible, de ne rien faire. L’intoxication comme la drogue produit alors ses effets. Pourquoi n’aurais-je pas une maison à moi ? Pourquoi n’aurais-je pas une deuxième résidence ? Pourquoi n’aurais-je pas une puissante voiture haute sur pattes, qui coûte très cher, consomme beaucoup d’essence et pollue beaucoup ? Pourquoi n’aurais-je pas une télévision à grand écran plat ?

À ce propos, je dois avouer, mais sans honte, que je n’ai pas de télévision à grand écran plat. Mais ce que j’ai me suffit amplement pour voir et entendre qu’en France, les fondamentaux sont sains, la croissance est et sera là, la crise financière n’affectera que les États-Unis… Cette croissance que le président de la république et du pouvoir d’achat a été cherché avec les dents. Comment peut-on à ce point se moquer du monde ou se tromper ? Ceci dit, l’objectivité commande d’écrire que Nicolas Sarkozy en sa qualité de président de l’Union européenne vient de faire preuve en cette affaire de dynamisme et d’initiatives probablement efficaces, mais il aurait mieux valu prévenir que guérir.

Toujours est-il que le système est tel que les particuliers s’endettent parce qu’on les pousse avec vigueur à s’endetter. Ainsi a-t-on en France une majorité d’endettés, plus de 50 % des ménages avec 186 000 surendettés dont les dettes seront finalement payées par ceux, économes et sensés, qui, eux, ne sont pas endettés. Les fourmis doivent nourrir les cigales.

Les États agissent depuis 50 ans de la même manière, mais pour des motifs différents que l’on peut résumer d’un mot : la démagogie. « Voyez tout ce que je vous donne, chers concitoyens, mais votez pour moi qui suis si bon avec l’argent des autres. » Ainsi un tiers de la richesse totale produite chaque année en France par tous ceux qui travaillent, agriculteurs, ingénieurs, ouvriers, commerçants est redistribué par l’État à ceux qui ne produisent rien, ce qui est un encouragement formidable à tendre la main. Les Français ne suffisant pas, on a appelé toute la misère du monde, les plus pauvres et les plus incompétents, en prenant soin d’oublier qu’une telle redistribution entrave la compétitivité économique et réduit la croissance. Alors, ne nous étonnons pas que nous soyons au bord de la ruine. Si la France, celle des travailleurs, des épargnants après toute une vie de travail, des honnêtes gens pouvait parler, on l’entendrait dire : « L’État-Providence m’a tuer ! ».

L’État est donc en faillite depuis longtemps. La crise financière actuelle, en d’autres termes, le retour douloureux à la réalité, met fin au rêve. De nombreuses entreprises accablées d’impôts, de paperasseries sans fin, privées de crédit, vont fermer. Le chômage va augmenter et donc les finances publiques encore se dégrader. Des troubles sociaux peuvent survenir, aggravés par des facteurs ethniques dans les quartiers « sensibles » et les zones qui pratiquement ne sont plus la France, mais le tiers-monde.

Il reste à savoir aussi, la France officielle empruntant à longueur de mois des milliards d’euros pour fonctionner, si elle trouvera toujours des prêteurs. Je précise, à ce sujet, que l’agence France-Trésor, qui gère la dette de l’État, devra emprunter sur les marchés financiers à travers le monde plus de 140 milliards d’euros pour couvrir le nouveau déficit public annuel de 52 milliards d’euros et rembourser la part de la dette qui viendra à échéance en 2009.

Alors, on me dit : « N’exagérons pas. Nombreux sont les États qui comme la France ne sont pas administrés sérieusement et se trouvent dans une situation analogue. » C’est vrai pour quelques-uns et non des moindres : la dette publique américaine atteint 10 000 milliards de dollars. Mais il en est tout de même qui sont bien dirigés. C’est le cas de l’Allemagne, aux finances saines malgré le poids très lourd de la réunification, du Danemark, de l’Irlande, de la Chine…

On me dit aussi : « Vous êtes pessimiste. Vous ne connaissez rien à la science financière. Avec des logiciels miraculeux, des formules mathématiques aussi secrètes qu’éblouissantes, des ordinateurs surpuissants au service de l’ingénierie financière, la magie moderne, on produit des richesses phénoménales. » Ainsi la masse d’argent (virtuel) créée par des produits dérivés représente quelque 350 000 milliards d’euros, alors que la richesse concrète correspondante est évaluée à 45 000 milliards ! On voit aujourd’hui ce qu’ont produit en réalité ces extraordinaires usines à gaz plaquées or : pour beaucoup une cruelle désillusion, sinon la ruine, et pour tous l’angoisse du lendemain. La règle simple et sûre a été oubliée : ne pas dépenser au-delà de ses avoirs.

Et, bien sûr, cette crise va accélérer la paupérisation de la France qui, depuis des décennies, vit bien au-dessus de ses moyens, un appauvrissement déjà bien engagé en raison d’une fiscalité écrasante qui va encore s’alourdir. « Il faut bien prendre l’argent là où il y en a encore ». Contribuables, prenez garde et préparez-vous pour 2009 !

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