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La croissance française repose sur du sable


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Rouxel Jean - dimanche 19 février 2006


Les médias soufflent le chaud et le froid à propos de la situation économique de la France. Le 10 février, tombaient coup sur coup la nouvelle du ralentissement de la croissance (le PIB a augmenté de 0,2 % au quatrième trimestre de 2005) et celle de la forte détérioration de notre balance commerciale : les importations ont augmenté de 9,2 % en 2005, tandis que les exportations ne croissaient que de 4,1 %. Ainsi le déficit commercial atteint 26,4 milliards d’euros (trois fois plus qu’en 2004).
Comment concilier ces mauvais résultats avec les annonces triomphantes de Villepin sur le chômage et les prévisions optimistes de Breton sur la croissance pour 2006 ?

La réponse, malheureusement, ne fait aucun doute. La baisse du chômage ne repose sur aucune donnée structurelle et notre croissance, vraisemblablement surestimée, est surtout étroitement dépendante d’autres pays.
La baisse du chômage résulte pour une part du changement du mode de calcul pour le nombre de chômeurs. Et, pour une part (estimée à quelques dizaines de milliers de demandeurs d’emploi en moins), sur les réformes de Dominique de Villepin, en particulier le Contrat Nouvelle Embauche. Cette introduction de flexibilité est timide, et elle a donc, logiquement, un impact timide, mais non négligeable. Reste à savoir ce qui se passera à la fin de ces contrats qui, « hasard » du calendrier, arrivera après les prochaines élections…

Pour le chômage, le fait structurel le plus décisif est l’arrivée de la classe d’âge du baby boom à l’âge de la retraite. Mais, si ces évolutions démographiques sont prévisibles, la réponse politique est assez incohérente. Dans la fonction publique, on n’en profite nullement pour faire les économies qui s’imposent. Et, pour le privé, en même temps qu’on agite le chiffon rouge de la précarité, on annonce une reprise de l’immigration…
Quant à la dépendance de la France à l’égard des autres puissances économiques, ne nous leurrons pas. Elle n’est pas seulement une conséquence logique de la mondialisation. Elle est aussi une conséquence de nos propres pesanteurs, qui ne nous permettent plus d’innover, d’entreprendre et donc d’être le moteur de notre propre croissance. Même les cocoricos gouvernementaux le prouvent à l’envi : en se félicitant du chiffre élevé de la consommation, le Premier ministre ne fait que souligner le chiffre réduit de l’investissement et donc le peu de solidité de la croissance française…


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