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La décomposition européenne


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Milliere Guy - jeudi 06 mai 2010

euro, europe
J’ai toujours pensé que la construction européenne souffrait d’un défaut ma­jeur : être, précisément, une construction résultant de décisions prises d’en haut.

Ses acteurs ne semblent pas voir que ce que Friedrich Hayek appelle « constructivisme » débouche sur des fuites en avant qui s’achèvent par un effondrement. Les signes de l’effondrement sont là. Ils ne signifient pas que nous serons bientôt sous les décombres. Ils signifient que les mois à venir vont être plus mouvementés que certains ne l’imaginaient.

L’Europe économique, si elle avait été essentiellement une zone de libre-échange, aurait pu fonctionner. Il aurait fallu tôt ou tard se débarrasser des systèmes ruineux de subvention tels que la politique agricole commune, qui a conduit des milliers d’agriculteurs à vivre d’argent public et à se trouver ruinés dès que la manne a commencé à se tarir. Il aurait fallu aussi de la transparence dans les relations entre gouvernements. Mais cela aurait pu être gérable.

Ce qui promettait d’être ingérable était la création d’une bu­reaucratie technocratique supranationale fonctionnant indépendamment de la volonté des populations, et la réduction du pouvoir des gouvernements de chaque pays. Ce qui promettait d’être ingérable, surtout, était la volonté de passer à une Europe politique et de créer, à marche forcée, une monnaie unique.

L’Europe politique est un monstre hybride, avec d’un côté un Président de la commission, José Manuel Barroso, d’un autre, un Président de l’Union européenne, Herman van Rom­puy, en troisième lieu un conseil européen constitué des chefs d’État et chefs de gouvernement, un parlement à Stras­bourg composé de partis politiques qui n’ont qu’une correspondance très lointaine avec les partis existant dans chaque pays.
Le gouvernement économique de l’Europe est lui-même un monstre hybride, avec une Commission et des Conseils européens prenant certaines décisions au-dessus de la tête des populations, et des politiciens qui, dans chaque pays, doivent néanmoins rendre des comptes à leurs électeurs.

L’euro a été ajouté à l’ensemble, alors que nombre d’économistes expliquaient que sa mise en place dans ces conditions conduirait à des difficultés, voire une catastrophe. Nous sommes face aux difficultés. Nous ne sommes pas encore dans la catastrophe, mais celle-ci finira par venir. Imposer une monnaie à un ensemble de pays dans lesquels, même si 70 % des décisions sont prises au niveau supranational désormais, les politiques sociales, fiscales, budgétaires sont très différentes – sans parler du fonctionnement économique, des cultures et des mœurs – était créer une bombe à retardement destinée à exploser.

La Grèce était, sans doute, le maillon faible. Les gouvernements grecs successifs ne pouvaient pas contraindre les Grecs à vivre comme des Allemands sous peine d’être chassés du pouvoir avec pertes et fracas. Ils ne pouvaient pas restructurer l’économie grecque pour qu’elle ressemble à celle des pays d’Europe du Nord. Les Grecs n’ont pas vécu comme des Allemands ; l’économie grecque est restée ce qu’elle était : une économie liée largement au tourisme.

Si la Grèce avait gardé sa monnaie, les gouvernements grecs auraient pu recourir à des dévaluations, à des ajustements de taux d’intérêts. Ils n’ont pas pu. Ils ont emprunté, et emprunté encore. Les financiers internationaux ont vu que la banqueroute approchait et en ont tiré leurs conclusions. Les mesures adoptées présentement sont de simples rafistolages qui tiendront six mois, un an peut-être, avant qu’il ne faille déposer le bilan. La suite viendra. On ne peut donner de date. Mais il est certain qu’elle viendra.
Le Portugal et l’Espagne sont les prochains pays sur la liste. La France n’est pas très loin de rejoindre la liste. L’Allemagne ne voudra pas payer, et c’est logique.

De toute façon, tant d’autres problèmes pèsent sur les pays d’Europe : courbes démographiques, déficits publics, État-providence ruineux, prélèvements obligatoires, immigration non contrôlée, chômage et pauvreté qui montent… Si l’euro survit, ce sera en très mauvais état. Le constructivisme s’achève toujours tragiquement. Ce n’est que le début de la décomposition européenne. Juste le début. 

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En bref
Retraite
En moyenne, un retraité de la fonction publique territoriale touche 1 191 euros bruts par mois ; un retraité de la fonction publique hospitalière touche 1 265 euros ; un retraité de la fonction publique d’État touche 1 952 euros. Rappelons que la moyenne de l’ensemble des retraites est de 1 122 euros… et que les retraites servies par le régime général sont en moyenne de 599 euros !

Chiffres officiel
Logement > Au premier trimestre, 70 051 logements neufs ont été mis en chantier en France, soit 5 % de moins qu’un an plus tôt.

Taïwan > Alors que le PIB de Taïwan avait chuté de 9,8 % entre janvier 2008 et janvier 2009, il a progressé de 11,3 % entre janvier 2009 et septembre 2009…

Privé > Au début de l’année 2010, le secteur marchand employait en France 15 849 200 personnes, soit 2,2 % de moins qu’un an plus tôt.

pôle emploi > Sur les trois premiers mois de l’année 2010, les offres d’emploi recensées par Pôle emploi atteignent quelque 265 000 par mois en moyenne, soit 40 000 de plus qu’au début de l’année 2009.

Crédit > En 2008, 7 millions de ménages français ont souscrit un ou plusieurs nouveaux crédits.

Salaire > Le centile le plus fortuné des salariés du privé (soit 138 000 personnes, dont 13 % de femmes) a gagné en 2007 215 600 euros bruts en moyenne. Soit près de 7 fois le montant du revenu moyen perçu par les salariés français (32 000 euros). À l’opposé, 8 millions de personnes ont gagné moins de 10 890 euros bruts au cours de l’année 2007…




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