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La dépression française et ses causes |
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Bonnal Nicolas - mercredi 27 février 2008
reforme
Il y a dix ans, je tempêtais contre l’exception française. Mais, aujourd’hui, la donne est différente : la France n’est plus irritante, elle est déprimante et elle est surtout déprimée, presque honteuse.
Les chiffres désastreux du déficit commercial, comme nos déficits budgétaires, comme le cynisme ambiant (d’après “Libération”, on échange des services sexuels pour se loger dans un Paris devenu trop cher pour beaucoup) alimentent une profonde déprime française, dont on ne sait si nous sortirons. La France est devenue cool et désabusée, muée en une caricature des romans de Boris Vian : un peuple de petits-bourgeois décadents, des bobos justement, en plus ou moins bonne santé, et qui évoluent sans énergie dans un univers immobilier toujours plus étroit (je recommande à ce propos la relecture de “l’Écume des jours”).
Aujourd’hui, nous apprenons par Jacques Marseille et Yves Calvi que les jeunes Français sont les plus pessimistes du monde. Qu’il s’agisse de leur futur économique ou de leur situation psychologique, qu’il s’agisse du sens de la vie ou de leur pays, les jeunes Français se sentent désespérés. De plus en plus de Français consomment des psychotropes et le pays de Descartes et des Lumières est devenu celui du docteur Knock ou de Woody Allen. On nous disait cela dans les années quatre-vingt-dix, que nous consommions six fois plus de psychotropes que la moyenne des Européens, et nous y croyions plus ou moins. Maintenant nous sommes obligés d’y croire, vu que nous n’avons pas plus de recours politique. La liquidation de l’extrême droite et du Front national, même de l’extrême gauche, comme contrepoids politique a sans doute accéléré le processus de décomposition psychologique du pays. Il n’y a d’ailleurs plus de gauche ni de droite au sens réel du terme. Ni de premier ministre ni de président.
Je voudrais maintenant examiner les causes de cette dépression, et j’en vois deux principales.
Tocqueville disait que la France était une nation abstraite et littéraire, bref prédisposée à un spleen littéraire. Tout notre
dix-neuvième siècle, de Chateaubriand à Huysmans en passant par Baudelaire et les poètes maudits, est profondément déprimé, et cela même avant la défaite de 1870, qui marque notre disparition de grande puissance. Mais notre spleen actuel a une autre raison liée à l’état de notre culture sociale.
Depuis trente ans, les Français sont de plus en plus entretenus et assistés par l’État. Cela entraîne des comportements de paresse, puisque si le travail est de moins en moins récompensé dans notre société, la paresse et le laisser-aller le sont de plus en plus. Or il ne faut pas croire que cela ne se paie pas, du point de vue psychologique.
Je m’explique. Au Moyen-âge, un mal étrange frappait les moines, en particulier l’après-midi : il s’agissait de “l’académie”, forme aiguë de dépression qui frappait les plus oisifs sur le plan manuel. Un des sept péchés capitaux est la paresse, et c’est elle qui nourrit bien sûr la dépression française et ses déficits financiers.
Le Français est devenu ce que Léon Bloy nommait un mendiant ingrat : non seulement sa paresse le déprime, mais en plus il en veut au système qui le nourrit, et bien sûr, il culpabilise et s’en veut à lui-même. Dans un très brillant livre intitulé “Faites-vous même votre malheur”, Paul Watzlawick s’amusait de voir combien, aujourd’hui, nous dépendons de gens qui, professionnellement, vivent de notre malheur : les assistants sociaux, inspecteurs du travail, policiers de la pensée et professeurs, psychologues, psychiatres, médecins, pharmaciens, journalistes qui ont vampirisé la France depuis la crise de 1973 et veulent effectivement notre malheur, puisque leur survie en dépend. Et je ne parle pas des politiques qui, par l’assistanat social, ont transformé la France en jardin d’enfants géant. Il y a un million de politiques qui touchent de l’argent pour exercer leur étrange métier.
On en revient toujours à la même option : inciter les gens à travailler et à bouger plutôt qu’à attendre l’obole et à déprimer. Mais cela suppose une vraie révolution, pas des « réformes ». Parfois je me dis que cette révolution aura lieu.
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