Trémeau Bernard - mercredi 26 avril 2006
Nous sommes tous différents les uns des autres. Nous produisons donc des objets ou des services différents de ceux que produisent nos voisins. Si je produis du vin, je suis heureux d’échanger une partie du vin que je produis avec le pain que produit mon voisin boulanger. Ainsi, grâce à l’échange, mon boulanger et moi buvons du vin en mangeant du pain. Une libre discussion entre vigneron et boulanger détermine les quantités de vin et de pain ayant la même valeur.
Ce libre-échange est le fondement même de la société humaine. Ce type d’échange est apparu il y a 12 000 ans seulement, en Mésopotamie, quand le cueilleur chasseur est devenu un cultivateur éleveur.
La monnaie servant d’étalon de valeur est née plus tard. La société artisanale a alors envahi progressivement le reste du monde, mais l’immense majorité des échanges s’est déroulée au marché de la ville voisine, située au centre de la région agricole, les paysans portant à pied leur production au marché.
Des dizaines de milliers de marchés sont apparus dans le monde. Les échanges entre deux régions agricoles étaient alors très réduits, car les transports étaient très coûteux. Ils se faisaient dans des foires où la concurrence pouvait intervenir. En 1200, aux foires de Chalon-sur-Saône, on vendait déjà du cuir de Cordoue, des draps fabriqués avec la laine de moutons écossais, des épices provenant d’orient et même des soies provenant de Chine. Les acheteurs du Duc de Bourgogne venaient y faire leurs emplettes.
Une grande stabilité économique a marqué toute cette époque. Mais l’immense majorité du peuple était formée de paysans très pauvres vivant presque en autarcie économique. La stabilité accompagnait la pauvreté. Puis, vers 1800, la vapeur a été domestiquée. Les trains ou les bateaux à vapeur ont massivement transporté hommes et marchandises. Les machines à vapeur ont remplacé les hommes pour produire le fer, le pain ou les briques. Des usines sont apparues. Des financiers leur ont offert l’argent dont elles avaient besoin. Quelques-uns ont fait fortune, comme les Schneider au Creusot ou à Chalon, mais l’immense majorité a fait rapidement faillite.
Bouleversements
La vapeur a bouleversé la structure économique stable à laquelle nous étions habitués. Les bateaux à vapeur ont été accusés de livrer au chômage les paysans qui fournissaient la nourriture aux chevaux qui remorquaient les bateaux. Puis le train a mis au chômage les bateaux à vapeur.
Dans une grande instabilité, les échanges se sont étendus à l’ensemble de la France et les vins de Bourgogne ont facilement été envoyés à Paris ou Lyon. Les échanges ont progressivement uni tous les Français dans un même marché, leur offrant des produits de moins en moins coûteux. En quelques années, par exemple, le prix du voyage sur la Saône de Chalon à Lyon est tombé de seize francs à 0,50 franc.
Vers 1900, l’électricité est entrée dans nos vies. Le télégraphe électrique, le téléphone, la radio, la télévision, ou Internet nous ont fait progressivement échanger des informations avec le monde entier. Les autos, les camions, les bateaux frigorifiques ou les TGV, ont mis à notre disposition de plus en plus rapidement et massivement des produits de moins en moins coûteux venant du monde entier. Grâce à cette récente évolution technique, les échanges nous unissent de plus en plus solidement au monde entier. Les prix des pantalons sont écrasés par les producteurs chinois ou les prix du vin par les producteurs néo-zélandais. Du fait de cette baisse des prix, les consommateurs français sont devenus beaucoup plus riches, mais les producteurs français soumis à la concurrence doivent se restructurer : ils doivent acquérir une dimension mondiale pour s’adapter au nouveau marché ou disparaître. Dans un tel chamboulement, on change de métier plusieurs fois dans sa vie. L’emploi à vie est devenu une utopie. Les hommes politiques ou les syndicalistes qui ont soutenu les jeunes dans leur lutte contre le CPE refusent aussi le changement. Le gouvernement qui a capitulé ou qui brandit le « nationalisme économique » ramène la France plusieurs siècles en arrière. Les Français, fortement désinformés, semblent malheureusement consentants…
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