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La « différence » américaine


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Milliere Guy - vendredi 27 juillet 2007

liberalisme, russie
americanism David Gelernter (Maurice G. Dantec, romancier et pamphlétaire, a cessé voici quelques années de se définir comme un écrivain français, préférant le qualificatif d’écrivain nord américain de langue française. Il s’est agi, pour lui, d’un rejet de la société française telle qu’elle est devenue. Je n’irai pas aussi loin que lui.

Je l’ai dit dans un article précédent, je souhaite du courage et de l’opiniâtreté à Nicolas Sarkozy. Je ne doute pas qu’il entend faire pour le mieux. Je pense même que son élection à la présidence a été la meilleure chose qui soit arrivée à la France depuis longtemps. Mais je ne peux m’empêcher de penser aussi que la tâche sera difficile, presque impossible. Les hommes croient quelquefois changer le cours de l’histoire d’un pays, mais c’est, plus souvent, l’histoire du pays qui les change, et la durée laisse voir assez vite l’effet de leurs pesanteurs.
La Russie a été autocratique pendant des siècles.
Elle a connu des tsars réformateurs et d’autres simplement meurtriers, mais l’idée de liberté ne s’y est jamais implantée en profondeur. Lénine, en 1917, s’est fait tsar à la place des tsars précédents et a fondé une dynastie bolchevique qui a duré soixante-dix ans avant de s’effondrer.
La fin de l’URSS a vu le retour de la Russie et Poutine gouverne aujourd’hui avec les mêmes réflexes et les mêmes attitudes que Pierre le Grand ou Vladimir Illitch Oulianov. La population ne se soulève pas plus qu’elle ne s’est soulevée depuis des siècles, et elle vit entre fierté du chef brutal et fatalisme. Le développement économique reste un rêve et la liberté pas même un songe.

En France, les choses sont autres. Les traces de la monarchie absolue, du dirigisme colbertiste, de l’Ancien régime continuent à abonder, le poids démesuré accordé aux « intellectuels » aussi. Le Président garde le statut d’un quasi-monarque. Les hauts fonctionnaires constituent une noblesse du Cour. L’idée que l’économie et l’entreprise sont des choses trop sérieuses pour n’être pas politiquement réglementées est presque hégémonique. On attend tout ou presque de l’État comme on l’attendait du roi voici deux siècles et demi. On n’est pas très sourcilleux concernant les violations du droit par les puissants. Des penseurs « pensent » et sont honorés pour cela, même si leur « pensée » est confuse et ils se cooptent les uns les autres dans les médias pour dire du bien du socialisme censé veiller sur le peuple comme, autrefois, le souverain.

La France gardera un État fort. On y voudra une économie dirigée, protégée, une économie qui restera mixte. La population verra monter les difficultés, mais continuera à chercher des protections, des assistances, des « acquis sociaux ». Ce ne sera pas le désastre, mais le déclin en cours se poursuivra. Les idées de liberté non teintées de socialisme et d’étatisme resteront minoritaires.
La « différence » américaine restera ce qu’elle est, il est même très vraisemblable qu’elle s’accroîtra.

Et, j’y reviendrai prochainement, ce n’est pas le projet européen tel qu’il continue à se bâtir qui y changera quelque chose. L’histoire de France a modelé la France telle qu’elle est devenue et telle qu’elle devient. Elle y a fait le siècle de Louis XIV, les errements du dix-huitième siècle, le désastre que fut la Révolution Française, l’instabilité politique du dix-neuvième siècle, l’esprit qui a mené à la Première Guerre Mondiale, le Front Populaire, le pétainisme, le gaullisme, la technocratie, le socialisme dogmatique, la marginalisation des idées libérales. Des générations entières ont été formées selon le discours qui découle de ce modelage.

Ceux qui, en France, rêveraient davantage du « droit d’avoir des droits », d’accomplissement individuel, de plus de liberté peuvent tenter de faire évoluer la France et l’Europe. Ils ne pourront vivre une vie conforme à leurs rêves qu’en empruntant le chemin qui les mènera outre Atlantique et les conduira à comprendre ce que David Gelernter, en un livre remarquable et tout juste publié, appelle, l’« américanisme ».
Les États-Unis d’Amérique, eux aussi, sont le fruit d’une histoire que des hommes ont faite, qui a fait des hommes, et en laquelle des hommes se sont reconnus pour venir contribuer à ce que je tiens pour l’expérience spirituelle et concrète majeure des temps modernes.

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En bref
Symbole
«Rachida Dati est le symbole de ma présidence. Elle n’était peut-être pas prête, mais, désormais, je suis obligé de la maintenir à son poste. […] Si elle devait se casser la gueule, cela se retournerait contre moi.»
Nicolas Sarkozy

SIC
Ségolène «Madame Royal est une télévangéliste illuminée, qui va au contact du peuple en pensant qu’elle a un destin mystique particulier, c’est un peu comme Jeanne d’Arc.»
Jacques Généreux, économiste proche d’Emmanuelli

Lucidité «La suite est très compliquée.»
Ségolène Royal

Archaïsme « Ceux qui restent à gauche ne se sont pas aperçus que le mur de Berlin s’était écroulé.»
Patrick Balkany

Défense «Vous avez les aviateurs qui craignent pour leur Rafale, l’armée de Terre qui tremble pour ses effectifs, et les marins qui s’inquiètent pour leur second porte-avions.»
Pierre Servent, ex-porte-parole
du ministère de la Défense

Islamisme «Donc, nous devrions partir [d’Irak], nous ne devrions pas déranger nos ennemis, où qu’ils soient dans le monde, parce qu’ils pourraient alors s’en servir à des fins de propagande ? Eh bien non, je ne le pense pas.»
Frances Townsend, conseillère
de la Maison-Blanche

Appui «La situation irakienne, c’est le problème du monde entier.»
Ban Ki-moon,
secrétaire général de l’ONU

Kosovo «En proie à une corruption organisée et qui se généralise, le Kosovo pourrait bientôt ne devenir gouvernable que par des criminels.»
Rodolphe Richard, diplomate français auprès des Nations unies




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