Rouxel Jean - dimanche 11 décembre 2005
Les journalistes français affectionnent les histoires à rebondissements. C’est ainsi que, contre un Nicolas Sarkozy tout-puissant, revenant au gouvernement, en gardant l’UMP et le Conseil général des Hauts-de-Seine, ils ont fait, cet automne, de Dominique de Villepin leur coqueluche. Craignant sans doute d’avoir enterré trop tôt le premier, ils se prennent à découvrir avec gourmandise son admirable gestion des émeutes dans les banlieues. Si l’on se souvient qu’ils accusaient récemment le ministre de l’Intérieur d’avoir lui-même déclenché ces émeutes, ce certificat de moralité paraît bien inattendu… Mais les médias ne s’en tiennent pas là. Ils ressuscitent également Jacques Chirac. Et font même mine de s’interroger sur les chances d’Alain Juppé aux prochaines présidentielles. Tout cela n’est pas sérieux. L’univers des possibles n’est pas infini pour la droite en 2007. On conçoit que la presse n’ait guère envie de rééditer ses exploits d’analyse des précédentes présidentielles – avec ce qu’une erreur induit comme « dommages collatéraux » sur les carrières… –, mais il faut savoir raison garder. Voyons d’abord le cas d’Alain Juppé. Celui-ci est théoriquement à nouveau éligible depuis le 6 décembre. Cependant, il ne pourra reprendre la mairie de Bordeaux qu’en 2008, puisqu’il a dû démissionner du conseil municipal. Et, pour son siège de député, il est très invraisemblable qu’il puisse le reconquérir avant 2007, puisque, dans six mois, nous allons entrer dans la dernière année de la mandature, au cours de laquelle il ne peut y avoir aucune législative partielle. Sans base électorale, comment Juppé pourrait-il se présenter à l’Élysée ? Pour Chirac, sans même parler de l’usure du pouvoir, ses prises de position sont d’un homme qui ne brigue plus de mandat. Autrement, il serait plus discret sur la question turque (sur laquelle l’électorat de droite est à peu près unanime), par exemple. Et on l’entendrait davantage sur les questions intérieures (comment expliquer qu’il n’ait quasiment rien dit sur la crise des banlieues ?). Restent, pour le moment, Villepin et Sarkozy, réédition à fronts renversés de Chirac-Balladur : le balladurien Sarkozy étant cette fois le chef du parti et le spécialiste des campagnes et des coups tordus ; le chiraquien Villepin jouant l’homme d’État au-dessus de la mêlée. Mais, là non plus, les possibilités ne sont pas illimitées, d’autant que la gauche sera en meilleure forme en 2007 qu’en 1995 : si Sarkozy et Villepin demandent aux électeurs de les départager, il est très probable que le candidat socialiste empoche la mise…
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