Lance Pierre - dimanche 20 mars 2005
En nombre d'électeurs, la droite, toutes tendances confondues, a la majorité dans le pays et cela depuis très longtemps. Mais le suffrage universel est la seule arme de la droite, ce qui prouve d'ailleurs à quel point elle est démocrate. La gauche, en revanche, fait flèche de tout bois et, lorsque le suffrage universel lui donne congé, elle utilise sans vergogne les autres armes dont elle dispose : les grèves, les médias et la rue, autrement dit le chantage, la démagogie et l'intimidation, ce qui prouve à quel point elle N'EST PAS démocrate. La gauche n'accepte jamais des élections perdues, car les « bien-pensants » de gauche sont si convaincus de détenir la Vérité qu'à leurs yeux un électeur de droite ne peut être qu'une « brebis égarée ».
On me dira que c'est réciproque. Eh bien, pas tout à fait. Les gens de droite ne sont nullement convaincus de posséder la science infuse et ils savent parfaitement que lorsque la gauche gagne des élections, c'est parce que la droite a fait des sottises. Les gens de droite n'ont pas d'idéologie. Ils s'efforcent seulement de chercher les recettes empiriques et pragmatiques grâce auxquelles la nation pourrait se mieux porter. Malheureusement, même lorsqu'ils les trouvent, les gouvernants de droite ont rarement le courage de les appliquer, parce qu'ils savent que dans ce cas, la gauche va aussitôt utiliser ses armes de rechange : la grève, la manif et l'intoxication médiatique.
On le voit très bien aujourd'hui. La gauche, impuissante à l'Assemblée nationale à stopper les réformes du gouvernement, pourtant bien timides et insuffisantes, passe le relais aux syndicats énervés, aux lycéens surexcités et aux journalistes inféodés. Ces derniers ne cessaient de répéter dans les médias, début mars, que cent mille lycéens dans les rues pourraient faire reculer la réforme Fillion, manière déguisée de dire aux lycéens : « Allez-y ! Si vous êtes cent mille, vous gagnerez ! » Alors que cent mille lycéens dans toute la France, cela reste une infime minorité sur le total des élèves.
Le mythe de mai
Rien n'est plus facile que d'exciter les étudiants et les lycéens. Car le mythe de mai 68 a la vie dure et la jeunesse de gauche rêve toujours de refaire la pseudo-révolution de ses parents ou grands-parents. Alors, faisons un peu d'Histoire : En mars 1968 commence le « Printemps de Prague », avec le programme libéral d'Alexander Dubcek, soutenu par la révolte de la jeunesse tchèque qui veut secouer le joug soviétique. Le mouvement est en passe d'enflammer tous les pays communistes et on se fait du souci à Moscou. Les stratèges du Kremlin veulent engager une répression violente, mais ils craignent une réaction musclée des Occidentaux. Ils ont alors une idée de génie : ils activent leurs agitateurs dans toutes les universités occidentales et ceux-ci poussent devant eux les Cohn-Bendit, Geismar, Sauvageot et consorts, qui se prennent pour des meneurs et ne sont que des marionnettes. Les Russes ont un double but : a) faire croire au monde entier que la jeunesse conteste partout et que la révolte de Prague n'est donc pas une révolte anticommuniste, b) faire comprendre aux Occidentaux qu'ils peuvent créer la « chienlit » chez eux si ceux-ci ne leur laissent pas les mains libres à l'Est.
Le 22 mars 1968, le président tchèque Novotny, un pur stalinien, est déposé par Dubcek. Le soir même de ce 22 mars, des étudiants français manifestent violemment à Nanterre et créent le « Mouvement du 22 mars ». En avril et mai, tout s'amplifie de part et d'autre. Le 29 mai, De Gaulle, déstabilisé, se rend en hélicoptère à Baden-Baden, pour se concerter, dit-on, avec le général Massu. Une fois sur place, il disparaît durant deux heures et personne ne saura jamais où il est allé ni qui il a vu. (Je rappelle que Baden-Baden est exactement à égale distance de Paris et de Prague). Le 30 mai, De Gaulle est de retour, ragaillardi, et lance aux Français un vibrant appel qui rassemble un million de personnes sur les Champs-Élysées. Ce même 30 mai, le général russe Kazatov entre avec ses blindés en Tchécoslovaquie et se prépare à écraser le « Printemps de Prague ». Ce sera fait en juillet-août, après les élections françaises de juin, triomphe gaulliste. La Tchécoslovaquie est envahie par 650 000 soldats des pays de l'Est fidèles à Moscou. À l'Ouest, personne ne bouge. Nos soixante-huitards, qui croient encore avoir servi la liberté, ont en réalité contribué à retarder de 30 ans la chute du mur de Berlin. Qui va expliquer cela à nos lycéens ?
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