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La « faute » de Luc Ferry


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Menou Pierre - lundi 13 juin 2011


Lu dans la presse

Cela s’appelle un contre-feu : l’ancien ministre Luc Ferry ayant rompu le mur médiatique du silence en évoquant les turpitudes d’un ancien ministre français au Maroc – une histoire de pédophilie qui court les salles de rédaction et les milieux politiques depuis des années–, c’est lui que les médias prennent dans leur ligne de mire, à commencer par Le Carnard Enchaîné, qui allume un pétard sous les pieds de l’importun : celui-ci percevrait de l’Université Paris VII un salaire de 4 390 euros net par mois pour des cours qu’il n’aurait jamais donnés. Du coup, le scandale autrement important dénoncé par Ferry disparaît dans le feu de la nouvelle polémique.

La presse ne se pose pas la question de la véracité des accusations portées par l’ancien ministre. Celui-ci a commis une faute en affirmant que « les journaux ne peuvent pas dire ce qu’ils savent ». Les journalistes n’ont pas apprécié et lui retournent le compliment.

« S’il souhaitait que l’omerta soit brisée, l’intellectuel peut se féliciter qu’une enquête judiciaire soit ouverte », écrit Emilie Lanez dans Le Point du 9 juin. « Mais pourquoi avoir attendu que les faits soient anciens, les témoins oublieux ? Pourquoi ne pas avoir prononcé un nom, donné des dates ? Cela aurait facilité le travail des enquêteurs. L’ancien ministre n’a pas souhaité nous répondre. Il nous invite à interroger Yves Bertrand, ex-patron des Renseignements généraux. (…) L’explication de texte est légère. Pourquoi Yves Bertrand ? Serait-ce parce que celui-ci a par deux fois, à la radio, fait état d’une similaire rumeur anonyme ? Est-ce là une preuve ? »

On a connu les journalistes moins soucieux de la qualité de la preuve, lors des affaires Gaymard ou Woerth, par exemple… Pourquoi la collaboratrice du Point fait-elle semblant de découvrir une rumeur que toute la presse connaissait ? Si l’ex-patron des R.G. en avait fait état par deux fois, comment se fait-il que les grands journaux n’aient pas envoyé d’enquêteurs sur place ?

Le Point évoque la saisie par la justice des carnets de Bertrand en marge de l’affaire Clearstream, où l’on pouvait lire à la date du 12 février 2002, après le nom d’un ancien ministre : « A la Mamounia en novembre s’est tapé des petits garçons ». « Véritable tête de Turc, le ministre en question, accusé de pédophilie, y est épinglé cinq fois entre 1999 et 2002 », écrit Le Point. « Véritable tête de Turc… » ; mais si l’info est exacte ?

Un microcosme médiatico-mondain

Dans Le Parisien du 12 juin , Luc Ferry rapproche la déclaration qu’il a faite le 30 mai sur Canal + et la publication par le Canard Enchaîné de son affaire de décharge, qui, si elle constitue un scandale, est davantage un « scandale d’Etat » qu’un « scandale Ferry » puisque, comme l’intéressé le rappelle lui-même, il fait « partie des 70 000 décharges de service public en France, selon le dernier rapport de la Cour des comptes ». Ici aussi, la presse fait semblant de découvrir l’eau chaude…

« Il y a une concomitance des choses qui est assez claire », explique Ferry au Parisien. « On cherche à me discréditer pour étouffer l’affaire en faisant croire que je suis un guignol. Les gens qui apprennent ça doivent se dire : "Quel salaud ce Ferry ". »

Ferry dérange en évoquant les turpitudes supposées d’un ancien ministre (sans le nommer, puisque la loi l’interdit en l’absence de preuves), comme la justice américaine a dérangé en inculpant Dominique Strauss-Kahn. Dérange qui ou quoi ? Pourquoi cette réserve, si différente de l’attitude des journalistes lors des procès politiques qui furent dressés à Jean-Marie Le Pen à l’époque de l’affaire de Carpentras, ou au député UMP du nord Christian Vanneste, lors de son opposition à la création de la Halde et de ses déclarations sur l’homosexualité ?

« Il y a un océan entre l’agressivité dont la presse a fait preuve à mon égard et le soutien apporté à DSK », constate Christian Vanneste dans Monde et Vie du mois de juin . (…) Les mêmes journalistes qui avaient tenté de m’enfoncer la tête sous l’eau volent aujourd’hui au secours d’un député de gauche suspecté d’avoir agressé une femme noire, immigrée et pauvre… »

La raison de cette différence de traitement ?

« J’ai eu affaire à un microcosme médiatico-mondain, peuplé de journalistes qui se ressemblent tous, quel que soit le journal, la radio ou la télévision pour lequel ils travaillent », explique Christian Vanneste. « Les journalistes qui appartiennent à ce microcosme se connaissent, se fréquentent et partagent les mêmes idées : ils sont à 80 % de gauche, quelle que soit l’orientation officielle du média qui les emploie – Figaro compris. Et même ceux qui ne sont pas de gauche succombent en général à un climat intellectuel qui conjugue pensée unique, politiquement correct et terrorisme intellectuel. »

Pas touche à mon microcosme ?

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