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La faute du Président Sarkozy


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Milliere Guy - mercredi 06 avril 2011

sarkozy, aubry, dsk
Certains m’ont trouvé, au fil du temps, trop sévère envers Nicolas Sarkozy. Mais je m’efforçais de faire un travail d’analyse.

J’ai voulu espérer, un très bref instant, en 2007. J’ai voulu me dire que Nicolas Sarkozy était le moins pire parmi ceux qui pouvaient accéder aux commandes du pays. Lors de la dernière élection présidentielle, le choix entre lui et Ségolène Royal se trouvait, il est vrai, facilité par l’extrême médiocrité d’une candidate qui ajoutait au fait d’être estampillée « socialiste » toutes les apparences d’une bêtise satisfaite.

J’ai voulu espérer, juste un peu. Je me suis vite aperçu qu’il n’y avait rien à espérer. J’ai vite pressenti que viendrait le naufrage et que Nicolas Sarkozy allait engendrer frustrations et déceptions, tout en créant un boulevard sans encombres pour ses adversaires.

Il aurait fallu, je l’ai dit et je continue à le penser, un discours incarnant effectivement une rupture et proposant un redressement. Ce discours n’a pas été tenu. Il aurait fallu tracer un cap. Il aurait fallu une vision et une parole de vérité sur les difficultés.

Nicolas Sarkozy a fait de la politique politicienne. Sans la moindre ligne directrice. Sur un mode impliquant pour lui de passer de mots écologistes au moment du Grenelle de l’environnement à des mots travaillistes lorsqu’il s’est adressé à des ouvriers d’une usine qu’il prétendait vainement sauver.

Quand des émeutes sont survenues, il a emprunté son vocabulaire au Front National, et quand il s’est trouvé confronté à la crise financière, il a pioché quelques paragraphes chez John Maynard Keynes, version méthode Assimil en solde.

Ce faisant, il s’imaginait sans doute séduire tout le monde ; il n’a convaincu personne et a engendré de la déception, parfois de la colère, voire de l’amertume. Il a révélé qu’il n’était pas un homme d’État, mais un homme passant de coups en coups et oubliant en une seconde la décision de la seconde précédente.

Seule la sclérose dogmatique dont souffrent les membres de la gauche française peut expliquer qu’ils voient en lui un libéral. Seule l’inculture de la plupart des journalistes peut expliquer que nombre d’entre eux voient en lui un homme de droite.

Le bilan sur un plan intérieur sera sans aucun doute catastrophique et fort peu présentable, même en utilisant tous les conseillers en communication de la terre : le déclin économique du pays n’est pas du tout jugulé, la faillite des systèmes sociaux a été retardée au prix de bricolages et de subterfuges transitoires, l’appareil d’éducation a continué à se délabrer.

Le bilan extérieur ne sera pas davantage positif : que reste-t-il de l’Union pour la Méditer­ranée, par exemple ?

L’intervention en Libye a été conçue comme un moyen de tenter de redresser la barre, sur un mode bonapartiste, avec les bombardements de Tripoli en guise de pont d’Arcole. Mais la dimension opportuniste de l’acte, les mensonges dont il a été enrobé, ont fait qu’il s’agissait d’emblée d’un coup de sabre de bois dans l’eau tiède, comme tant d’autres actes antécédents.

Les sondages, ces derniers temps, donnent souvent Nicolas Sarkozy en troisième position au premier tour d’une élection présidentielle. Il reste un an et c’est très peu.

Marine Le Pen n’a strictement aucune chance d’être élue. Le prochain Président sera sans doute socialiste, sauf miracle et retournement imprévu. S’il s’appelle Dominique Strauss-Kahn, cela pourra sembler être un moindre mal, mais Dominique Strauss-Kahn devra s’accommoder de la cohorte d’imbéciles dogmatiques qui peuplent son parti. Si le Président s’appelle Martine Aubry, il faudra songer à éteindre la lumière avant de partir. Et prendre aussi vite que possible un aller simple pour n’importe où. Nicolas Sarkozy vaudrait-il mieux que Martine Aubry ? Sans doute. Au royaume des aveugles acéphales, les borgnes à forte myopie peuvent encore être rois. Pauvre pays !

La faute du Président Sarkozy est immense. Mais ce n’est pas entièrement sa faute : quand un pays glisse à ce point vers l’ornière, tous ses habitants y sont aussi pour quelque chose.


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En bref
Cantonales
Au deu­xième tour des cantonales, le PS a obtenu 2,79 millions de voix ; l’UMP, 1,58 mil­lion ; et le FN, 915 506 voix. Avec ces scores, le PS obtient 660 sièges, l’UMP 264 et le FN 2. Ce qui signifie qu’un siège socialiste correspond à 4 228 voix (de ce point de vue, le PC fait encore mieux : un siège communiste correspond à 4 054 voix), un siège UMP à 5 984 voix et un siège FN à 457 753… Électeurs, vous êtes prévenus : si vous votez socialiste ou communiste, vous avez plus de 1 000 fois plus de chances d’être entendus que si vous votez pour le Front national !

Chiffres significatifs
Restos > Pour la campagne 2010-2011, les Restos du Cœur ont accueilli environ 860 000 personnes par jour (en hausse de 4 % par rapport à 2009). Les 60 000 bénévoles ont distribué au total plus de 107 millions de repas !

Héritage > 3 % des Français ont déjà songé à déshériter l’un de leurs ayant-droit. Ce chiffre est même de 6 % pour les Français gagnant plus de 3 500 euros par mois.

Moscou > Moscou est devenue la ville préférée des milliardaires (79 y habitent), devant New York (58).

Peine de mort > Le 9 mars, l’Illinois est devenu le 16e État des États-Unis à abolir la peine de mort.

Grandes eaux > Les grandes eaux dans le parc du château de Versailles vont faire revivre pendant tout l’été 30 kilomètres de canalisation et 800 jets d’eau.

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