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La fécondité de la bourgeoisie |
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Milliere Guy - mercredi 16 mai 2007
livre, economie
Fred Aftalion vient de publier une très utile « ». Les premières lignes résument le livre : « Nous vivons dans un monde où l’on élève des statues à des idoles de pacotille et où ceux qui, par leur pensée, leur génie scientifique, leur esprit d’entreprise, sont les véritables bienfaiteurs de l’humanité n’ont que rarement droit à notre reconnaissance et restent le plus souvent ignorés du grand public ». Il s’agit, en fait, de rendre hommage à tous ceux que l’on appelle communément les « bourgeois », que l’on se plaît à vilipender, railler ou traîner dans la boue, alors que nous leur devons l’essentiel de la liberté, de la prospérité, de la créativité, de l’intelligence et de la qualité de vie dont nous jouissons dans le monde développé en ce début de XXIe siècle.
Comment la bourgeoisie a-t-elle mis en place tous ces accomplissements ? Par un « empirisme organisateur encadré par la raison », nous dit Aftalion. Par la société née de cet empirisme, fondée sur quelques principes simples, notamment « un droit de propriété individuel reconnu par les autres membres de la société », par le « concept de propriété intellectuelle dont le rôle fut déterminant lorsque vinrent à éclore les progrès techniques de la révolution industrielle », par la « valeur morale donnée au travail », par la famille, « élément essentiel d’une société construite pour durer et au sein de laquelle les droits des uns trouvaient leur contrepartie dans les devoirs des autres », par une « mobilité et une ouverture sur le monde ».
C’est en, et par, cette société qu’est née la pensée libérale, chez Locke, chez Edmund Burke, qui montre qu’il « existe une loi supérieure née de la tradition qui s’impose aux mortels que nous sommes », chez les pères de la Révolution américaine, chez les premiers économistes : Turgot, Adam Smith, David Ricardo, Richard Cobden.
La société bourgeoise est née aussi de l’industrie, de « quelques hommes d’origine souvent modeste établis sur la frange occidentale de l’Europe et en Amérique du Nord ». Leurs accomplissements « par leur portée universelle, profitent au genre humain pris dans son ensemble ». Aftalion, entre autres, cite James Watt, Antoine Lavoisier, Joseph Gay-Lussac, John Dalton et explique ce qu’ils ont découvert ou créé. Il insiste sur la découverte et la maîtrise de l’électricité, tellement omniprésente aujourd’hui que nous pourrions oublier qu’elle n’a pas toujours été là et qu’elle a révolutionné la planète.
Comme l’écrit Aftalion, l’ordre libéral apporte à ceux qui l’adoptent des « bienfaits qu’aucune autre forme de société n’avait permis d’obtenir jusque-là : les libertés personnelles, la démocratie représentative, la mobilité sociale, l’accès du plus grand nombre aux progrès de la technique et donc à un degré supérieur d’aisance matérielle ».
Malheureusement, existaient (et existent toujours) ceux qu’Aftalion appelle les « mauvais bergers », ceux qui disent aimer « l‘humanité », mais qui méprisent les hommes de chair et de sang : Rousseau, Robert Owen, Karl Marx, Herder, List. Les doctrines qu’ils feront naître, « nationalisme et socialisme », viendront faire leur travail de sape qui se manifestera dans la Première Guerre Mondiale, « première guerre civile européenne », dans le communisme, le nazisme, le « gâchis de l’entre deux guerres », le désastre que fut la Seconde Guerre mondiale, cet autre désastre que fut la dissémination du léninisme sur tous les continents, l’enlisement de l’Europe dans des systèmes d’État-providence, la dissémination de peurs et de phobies dont celle de la « pollution » est la dernière en date.
L’ordre libéral sort ébranlé de tout cela. Il est, dit Aftalion, à une croisée des chemins. Ou bien, grâce aux innovations des deux dernières décennies en matière d’informatique et de biotechnologies, il triomphera des obstacles et des ennemis. Ou bien obstacles et ennemis auront raison de lui, et se tournera ce qui a été sans aucun doute la page la plus féconde de l’histoire humaine. « Si nous apercevions les causes avant d’être avertis par les effets, nous prédirions les événements avec quelque certitude », c’est par cette phrase de Rivarol que s’ouvre le livre. C’est par elle que je conclurai cet article.
Fred Aftalion, Histoire de la révolution bourgeoise, Éditions du Trident, 2007, 264 p., 25 euros.
http://www.editions-du-trident.fr
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