Bonnal Nicolas - vendredi 15 juillet 2011
russie, allemagne
On n’assiste plus au déclin de l’occident ; on assiste à la débandade de la démocratie occidentale, dans sa coloration anglo-saxonne ou bruxelloise, dans son impérialisme mexicain ou son humanitarisme de serviette. Ni le dollar, ni l’euro, ni la grande Amérique ne vont durer bien longtemps ; et la liste des gens à remercier sera bien longue. L’incapacité de tout le monde, depuis le début de ce triste millénaire, est à inscrire dans les tablettes en tout cas. « Ils veulent rester carnes, débraillés, pagayeux, biberonneux, c’est tout. Ils ont pas un autre programme », disait encore Céline : et c’est à cela qu’on nous invite encore et toujours, à nous ruiner un peu plus pour préserver la acquis sociaux démantelés et la monnaie du vide. En dix ans la France de Raffarin-Sarkozy a perdu plus du tiers de son industrie. Mais quand on veut un modèle à la Miami Vice ou à la Las Vegas…
La question est donc : qu’y aura-t-il après l’euro ? Jusque là les Allemands ont tout payé, la construction européenne (qui a détruit inconsciemment l’âme et le corps de l’Europe, je le vois partout) leur aura coûté plus encore que leur réunification, sans doute des milliers de milliards d’euros, mais qui sera assez content ? Trichet le bien nommé, sans doute ?
Dans le pourtant très politiquement correct journal Libération, l’économiste proche du pouvoir Christian Saint-Etienne pronostique un départ allemand, imminent, de l’euro. Le reste, affirme notre expert, est « du pipeau politicien ». On a compris que le pipeau politicien, celui d’Obama et des républicains outre-Atlantique, celui des nos républicains ici-bas, entre l’immonde abysse afghan, la Lybie, la Grèce et la Belgique, les déficits d’enfer et les déclarations péremptoires d’opérette, on a compris que ce pipeau politicien a bien vécu ou presque.
Les Allemands ne pourront ou ne voudront pas payer pour tout le monde. L’Europe est une classe de fous tenus par un maître d’école minable, Barroso – le boueux, dans sa langue –, un Topaze de théâtre aux armées, et où l’on demande au bon élève de faire passer tous ses travaux aux cancres de la classe en plus de nettoyer les vitres ; avec, comme chef autoproclamé des cancres, l’inévitable Sarkozy, pressé de faire passer tout le monde et de tendre la note aux éternels meilleurs élèves nordiques et germaniques. Mais Merkel, détestée sinon méprisée dans son pays pour sa lâcheté (car le peuple n’est pas dupe là-bas), ne pourra pas longtemps terroriser de taxes et de contraintes morales son électorat.
On va donc vers un deuxième pacte germano-russe ; oh, pas celui du 23 août 1939, qu’un Hitler imbécile interrompit, alors que les russes lui fournissaient le pétrole et les matières premières et agricoles dont il avait besoin pour poursuivre sa guerre contre les démocraties occidentales (on avait même retiré des écrans Alexandre Nevski, jugé germanophobe !). Non, vers le pacte germano-russe de Bismarck, ce grand arbitre de l’Europe traditionnelle et impériale, qui avait réussi à mater la France, à marginaliser l’Angleterre, à empêcher les disputes balkaniques entre russes et austro-hongrois. Cinquante ans de prospérité et de domination mondiale, pendant que les Français se déchiraient autour de la Kroumirie, de Boulanger ou de Dreyfus.
C’est un autre économiste qui, toujours dans Libération, révèle le rêve actuel allemand : le pétrole, le développement, la compétence sont à l’Est, les désordres, les déficits, la misère à l’ouest. Alors que Hitler comme les Bruxellois (voir le livre de notre ami Laughland à ce sujet) avait une vision occidentale de l’Europe, Bismarck en avait une orientale. La dégénérescence piteuse des nations occidentales, Italie, France, Angleterre etc. risque de produire bon gré mal gré un fantastique renversement d’alliances qui permettra aux Allemands et aux Russes de préparer un vingt-et-unième siècle plus intéressant pour les européens en perte de vitesse.
Et les Russes et les Allemands ont facilement contrôlé le monde chaque fois qu’ils ont été alliés (fin du XVIIIème et fin du XIXème siècle). Le resserrement des liens industriels, commerciaux, mais aussi politiques et culturels entre les deux grandes nations nous préparent un vingt-et-unième siècle intéressant, surtout la chute de nos épouvantables sous de Bruxelles. On verra si la France se réveillera à temps. Mais qui y compte ?
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