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La fin du principe d’autorité


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Lambert Christian - mercredi 18 janvier 2012


Toute société organisée est dirigée par une autorité, disons plus simplement par un chef. Même les grands mammifères sont d’instinct dirigés par l’un d’entre eux, doté d’expérience et de prudence. Mais voici que, depuis quelques décennies, toute autorité dans le monde paraît contestée. On dirait que le monde évolue vers une anarchie générale. L’origine et les causes de cette évolution sont connues, l’aboutissement ne l’est pas.

Ce qu’on appelle le « printemps arabe » est la plus récente illustration de ce mouvement vers le désordre général, générateur de conflits, de crimes, d’injustices, et de destructions sans fin. Sans doute, les dictateurs en Tunisie, en Libye, en Égypte et ailleurs, dans le monde arabe et musulman, n’étaient pas des modèles de vertu, mais ils gouvernaient et assuraient à leurs pays un niveau économique acceptable créateur d’emplois. Aujourd’hui, il n’y a plus rien. À la corruption, qui demeure à tous les échelons, s’ajoute une pagaille meurtrière. Hier encore, le 3 janvier, des combats à l’arme lourde ont eu lieu à Tripoli. Seul l’islam rigoriste peut mettre fin à ce désordre et, pour la liberté, ce sera pire qu’avant.

Cette marche vers l’anarchie a débuté il y a longtemps. La deuxième guerre mondiale, en écrasant les régimes fascistes et en mettant fin à la domination coloniale, facteur de progrès, a condamné l’autorité au nom de la démocratie. Mais la démocratie, qui est un idéal, exige des qualités qui n’existent que chez bien peu de peuples et dans bien peu de pays. En fait, le plus souvent, la démocratie n’est qu’un mot inlassablement répété. La démocratie en Afrique, c’est la guerre, la corruption, l’incurie, l’exploitation du peuple laissé dans la misère. Au Proche-Orient, ce n’est guère mieux.

Les événements en Syrie font chaque jour la une des journaux qui célèbrent le soulèvement du peuple en faveur de cette fameuse démocratie.
En réalité, ce qui se passe dans ce pays n’a rien à voir avec la démocratie. C’est une guerre civile religieuse entre alaouites (chiites) d’un côté, et sunnites de l’autre. Les premiers sont soutenus par l’Iran et, pour des raisons géopolitiques, par la Russie et la Chine ; les seconds par l’Arabie saoudite et les monarchies du Golfe, sunnites. Les commentaires des journalistes, philosophes et autres idéologues de tout acabit ne sont qu’un cocktail d’erreurs et de propagande. On notera aussi que l’alaouite Bachar al Assad tolère le clergé chrétien et ses fidèles. Les sunnites, s’ils gagnent la guerre, s’empresseront de supprimer cette tolérance. La France, « fille aînée de l’Église », ferait bien de ne pas l’oublier, affichant malheureusement désormais son impuissance devant les persécutions dont sont l’objet les chrétiens d’Orient, assassinés, spoliés et, pour les plus chanceux, expulsés.

C’est au nom de la démocratie aussi que l’on a exécuté Saddam Hussein, à la grande satisfaction de l’Iran. On a tout loisir de constater maintenant ce qu’est la situation en Irak, où, chaque jour, dans ce pays bouleversé par dix ans de guerre, un attentat kamikaze, fait des dizaines de victimes et, pour ce résultat-là, les États-Unis ont perdu 4 300 hommes et 750 milliards de dollars ! Ils voulaient faire de l’Irak un rempart contre l’Iran et ils ont fait un Irak chiite, allié de l’Iran.

Plus grave est ce qui semble se préparer en Russie et en Chine. Le lieutenant-colonel Poutine, ancien officier du KGB, pour lequel Jacques Chirac, ancien président de la République française, nourrit la plus grande admiration et la plus chaleureuse affection, au point de l’avoir fait grand-croix de la Légion d’honneur, n’inspire pas une grande sympathie, mais il gouverne. Imaginons que, renversé, la Russie, livrée à la « démocratie », se disloque, une guerre civile en résultant, avec une puissance militaire considérable, dotée de l’arme atomique en multiples exemplaires, que se passerait-il de Moscou à Vladivostok ?

Les mêmes interrogations peuvent pour le long terme se poser en Chine, qui compte 485 millions d’internautes, ce qui n’est pas de bon augure… De tout temps, le céleste empire a été menacé par des forces centrifuges. En reviendra-t-il aux royaumes combattants (475-221 av. J.-C.), ou aux seigneurs de la guerre du XXe siècle, avec leur long cortège de crimes et de misère ?

Lorsqu’on a un peu de jugement, on ne peut que redouter ces évolutions qui menacent plus de la moitié de l’humanité dont on dirait qu’elle est maintenant comme fascinée par le désordre. Alors, on ne peut que « s’indigner » de ces esprits démagogues à courte vue – d’aucuns plus sévères disent « des imbéciles jeunes et vieux irresponsables » – qui appellent les « indignés » à se révolter, pour finalement s’entre-tuer et détruire des civilisations millénaires.

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