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La fragilité de l’économie chinoise révélée par la crise boursière


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Artur du Plessis Laurent - mercredi 07 mars 2007

economie, chine
Le fait que, le 27 février, soit née à Shanghai - place financière encore très modeste - l’onde de choc boursière qui a parcouru la planète, est symptomatique des faiblesses de l’économie chinoise et de l’interdépendance économique mondiale. Cette crise, survenue après un sommet historique, a mis fin à une hausse de plus de 800 jours sans correction majeure.

Usine du monde, la Chine exporte grâce au faible coût d’une abondante main-d’œuvre sans protection sociale, et de la sous-évaluation de la monnaie nationale, le yuan. Le Parti communiste, qui gouverne toujours d’une main de fer, refuse de mettre le yuan sur le marché international des monnaies, préférant le cantonner à un cours modeste, malgré les exhortations américaines. Cela fausse les échanges internationaux. Le système bancaire chinois comporte près de 50 % de créances douteuses liées aux entreprises, mais aussi aux particuliers : l’homme de la rue, porté par ce goût du jeu si développé dans la culture chinoise, s’est volontiers surendetté pour spéculer sur les marchés financiers.

Surinvestissement, surcapacité de production, surendettement, inflation : l’économie chinoise est déséquilibrée.

En 2006, la Bourse chinoise connut une hausse vertigineuse : 130 %. Dès le premier jour de la crise, Shanghai perdit près de 9 % : plus forte baisse depuis 1996. L’annonce par Pékin d’un renforcement du contrôle des marchés a inquiété les investisseurs, redoutant un éclatement de la bulle. L’omniprésence des programmes de vente automatique d’actions par ordinateur en cas de franchissement de seuil accéléra la propagation de la crise au monde entier. Les « bulles » spéculatives - provoquées par l’abondance des liquidités ayant dopé les valeurs de certains placements - se sont partiellement dégonflées, entraînant la chute des Bourses.

Les marchés mondiaux avaient grimpé de façon quasi ininterrompue depuis le printemps 2006, stimulés par la progression des bénéfices des entreprises et une frénésie de rachats et de fusions de sociétés. Mais de mauvaises nouvelles venues des États-Unis - premier débouché des produits « made in China » - ont douché l’euphorie. La croissance américaine devrait se situer, selon les économistes, entre 2 et 2,5 % seulement cette année, après 3,3 % en 2006. Les ventes de maisons neuves aux États-Unis ont reculé de 16,6 % en janvier, le reflux le plus important depuis treize ans. La crise immobilière se diffuse aux établissements de crédit immobilier à risques (subprime lenders), dont trois ont fait faillite depuis le début de l’année. Autre secteur malade de l’économie américaine : l’automobile. En 2006, les États-Unis ont connu un nouveau déficit commercial record de 763,6 milliards de dollars (583,4 milliards d’euros), après 716,7 milliards de dollars en 2005. La consommation croissante de produits d’importation à bas prix, notamment en provenance de Chine, a représenté 232,5 milliards de dollars, soit plus du quart du déficit total. Les dépenses des ménages, qui portent l’activité à bout de bras, représentent près de 70 % du produit intérieur brut (PIB) américain. La consommation reste soutenue : au dernier trimestre 2006, elle connut une hausse de 4,2 %, après 2,8 % au troisième. Mais elle fléchira si les entreprises embauchent moins et n’augmentent plus les salaires, et si la crise de l’immobilier perdure.

Les craintes d’un atterrissage brutal de l’économie américaine ont été avivées par l’ancien patron de la Fed, Alan Greenspan - toujours très écouté - évoquant une « possible » récession américaine d’ici la fin de l’année 2007 : l’économie chinoise, en symbiose avec celle des États-Unis, en serait ébranlée.

Les opérateurs scruteront attentivement les prochaines statistiques du marché de l’emploi, attendues en fin de semaine. La révision en baisse des perspectives de la croissance américaine conduira à une remontée de la prime de risque et à un accroissement de la volatilité des marchés. En outre, les investisseurs craignent un essoufflement de la pratique du « carry trade », consistant à emprunter de l’argent dans les pays où les taux d’intérêt sont bas, comme au Japon, et à le placer, sous forme d’actions ou d’obligations, dans d’autres pays. Une remontée des taux japonais tarirait cette manne financière.

La donne géopolitique a contribué au déclenchement de cette crise : les rumeurs de guerre entre les États-Unis et l’Iran font craindre une inflation, consécutive à la hausse des hydrocarbures, résultant d’une perturbation des approvisionnements. Certains investisseurs se sont portés sur l’or, dont le cours a monté…

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