Vautrin Pierre - dimanche 04 avril 2010
livres
C’est un très joli livre que vient de nous donner Serge Plénier, avec l’histoire de La Langue bretonne des origines à nos jours, publiée par les éditions Ouest-France.
« Ce livre est un voyage, un long voyage », annonce l’auteur en introduction. « Ce voyage n’est pas proposé aux seuls Bretons, et encore moins aux seuls bretonnants. (…) Car il y a un mystère de la langue bretonne. (…) L’histoire d’une langue, c’est aussi l’histoire de ceux qui l’ont parlée et qui la parlent encore. Dans notre voyage, nous partirons d’époques lointaines où légende et réalité se mêlent, généralement au grand désespoir des historiens. Après tout, Arthur et les siens, Perceval, Tritan et Iseult, s’ils ont existé, parlaient breton, ou, plus précisément, la langue qui est devenue le breton, mais aussi le gallois et le cornique. »
Cette langue bretonne a longtemps été méprisée, au point d’avoir donné au français le verbe « baragouiner », de bara (pain) et gwin (vin). Elle vaut évidemment bien mieux que cela : toute langue est une richesse et le parler breton est inséparable du patrimoine de cette belle province – unie à la France par les mariages successifs de la duchesse Anne avec Charles VIII, puis Louis XII.
L’histoire de la langue fournit à Serge Plénier l’occasion de survoler l’histoire de la Bretagne elle-même et son riche patrimoine culturel, menacés par le jacobinisme et l’anticléricalisme au début du XXème siècle : en 1902, la révolte des Bretons contre les persécutions de Combes préfigura la résistance des catholiques français lors de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, en 1905.
Parmi la riche galerie de portraits que l’on découvre au fil du livre, il en est un qui m’est particulièrement cher : celui du poète Yann-Ber Kalloc’h, tué au front à 29 ans, en avril 1917, en chargeant à la tête de sa section de Bretons. Fils de pêcheur, il a laissé un ouvrage de poésie intitulé Ar en deulin (A genoux), d’une beauté ample et profonde comme peut l’être la mer dans les parages de l’île de Groix où il naquit.
« Je suis né au milieu de la mer
Trois lieues au large :
J’ai une petite maison blanche là-bas,
Le genêt croît près de la porte
Et la lande couvre les alentours,
Je suis né au milieu de la mer,
Au pays d’Armor ».
« Les grands poètes sont bien rares, même simplement les vrais poètes. Celui-là en était un grand, je ne crains pas de le dire » , a écrit de lui René Bazin.
Rien que pour la rencontre de telles figures – et avec la sienne celle du père Maunoir, de La Villemarqué, l’auteur du Barzaz Breiz, de l’abbé Perrot, de Per Kakez Hélias, le livre de Serge Plénier est à recommander. S’y ajoute les légendes, l’atmosphère inimitable qui caractérise l’âme de la Bretagne et, ce qui ne gâte rien, de superbes illustrations. En somme, un fort joli livre.
Pierre Vautrin
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